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Centrafrique: la dernière rébellion dépose les armes, la menace étrangère demeure

27/08/2012 01:37 EDT | Actualisé 27/10/2012 05:12 EDT

La signature par la dernière rébellion interne de Centrafrique d'un accord global de paix ouvre la voie à une normalisation politique pour la première fois depuis des décennies, mais cette avancée est conditionnée au désarmement des rebelles et reste menacée par l'activisme de milices étrangères.

Samedi, Abdoulaye Hissène, président de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP), dernière grande rébellion active en Centrafrique, signait à Bangui l'accord global de paix -- un accord déjà conclu en 2008 à Libreville par la plupart mouvements de rebelles (donc à l'exception de la CPJP), et prévoyant la démobilisation, le désarmement et la réinsertion des combattants.

Menacé par de nombreux groupes armés, le pouvoir du président centrafricain François Bozizé, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 2003, avait entrepris de 2007 à 2011 de faire signer à ces groupes des accords garantissant la stabilité du pays.

La CPJP, a l'époque troublée par de scissions internes, avait alors refusé d'adhérer aux accords, contrairement aux autres ex-rébellions comme l'Armée populaire pour la restauration de la démocratie (APRD) de Jean-Jacques Demafouth.

La signature d'Abdoulaye Hissène permet l'espoir en République Centrafricaine (RCA), pays pauvre au coeur du continent, qui attendait la fin d'un long cycle de violences pour relancer son économie et amorcer sa reconstruction.

"Cela va amener la RCA à renouer avec la sécurité et la paix sur l'ensemble de son territoire", a affirmé samedi Marguerite Vogt, Représentante spéciale du secrétaire général de l'ONU.

"On ne peut plus se déplacer librement dans le pays à cause des rébellions et autres bandes armées. Avec cet accord (...) chaque citoyen pourra jouir du droit d'aller et de venir en toute quiétude", affirme en souriant Eléonore Gouda, commerçante de Bangui.

Certains acteurs politiques restent cependant prudents.

Principal parti d'opposition, le Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC) a "exprimé une réelle satisfaction" mais avec des interrogations.

"Pour nous tout ce qui concourt à la paix dans notre pays est salutaire", a déclaré à l'AFP Jean-Christophe Ndouba membre du bureau politique du MLPC, mais en nuançant: "Le plus souvent la mise en oeuvre des accords par le gouvernement et les rébellions se heurte à des difficultés et à des obstacles".

L'un des obstacles possibles au processus de paix demeure l'application du programme de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion (DDR) voulu en juin 2011 par le président Bozizé, et qui avait du être interrompu en décembre de la même année faute de moyens.

En mai, le gouvernement avait annoncé sa reprise avec le désarmement d'environ mille ex-combattants de l'APRD.

Selon une source du ministère du Désarmement, au moins 4.000 ex-combattants ont été désarmés lors de la première phase, et il en reste 3.000 dans le nord-est et 7.000 dans l'ensemble du pays.

La porosité des frontières liée à la situation d'instabilité de la RCA constitue un autre obstacle à la sécurisation du pays.

En effet, la Centrafrique lutte encore contre des bandes armées étrangères installées sur son territoire, telles que la rébellion tchadienne du Front populaire pour le rassemblement (FPR), du "général" Abdel Kader Baba Laddé, ou encore la tristement célèbre Armée de résistance du Seigneur (rébellion ougandaise, LRA) de Joseph Kony.

En janvier, de violents combats avaient opposé les armées centrafricaine et tchadienne au FPR, aujourd'hui en déroute mais dont les hommes continuent à se livrer à des actes de racket et pillage auprès des populations Peuls au nord et au centre du pays.

Pourchassés par l'armée tchadienne, Baba Laddé et ses hommes avaient débarqué en Centrafrique avec armes et bagages dans la région de Kaga Bandoro (centre) en 2008.

Joseph Kony, chef d'une des rébellions les plus violentes au monde, se trouverait lui aussi en République centrafricaine à la tête de quelques centaines d'hommes, selon les Nations unies.

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