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Rivalités syndicales en Afrique du Sud, entre violence et magie noire

26/08/2012 04:44 EDT | Actualisé 25/10/2012 05:12 EDT

Les violences qui ont marqué une grève sauvage à la mine de Marikana (nord), avec 44 morts, ont mis en lumière la bataille féroce que se livrent les syndicats sud-africains pour rallier à eux les travailleurs, entre intimidations et sortilèges.

Dans les riches mines de platine du nord du pays, dont Marikana est l'une des plus importantes, la suprématie du Syndicat national des mineurs (NUM) est directement mise en cause par la petite formation AMCU, qui regroupe depuis onze ans mineurs et employés des BTP.

Revendiquant quelque 300.000 adhérents, le NUM est le plus important syndicat de la puissante confédération Cosatu qui, avec ses 2,2 millions de membres, est un allié de poids du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir en Afrique du Sud.

Pour Hamadziripi Tamukamoyo, chercheur à l'Institut sud-africain des études sur la sécurité (ISS), "certains ont soutenu que le Cosatu (...) représente surtout désormais une +aristocratie ouvrière+ et est trop impliqué dans la politique élitiste de l'ANC pour pouvoir correctement travailler dans l'intérêt des pauvres".

Face à un syndicat dominant soupçonné de collusion avec le patronat, l'AMCU a gagné du terrain ces derniers mois, notamment lors d'une violente grève lancée début 2012 et qui a duré six semaines à la mine Impala Platinum, la deuxième du monde, non loin de celle de Marikana.

L'AMCU a marqué des points en revendiquant le ralliement des quelque 17.000 travailleurs licenciés pendant cette grève sauvage avant d'être réintégrés, et qui étaient pour la plupart des membres du NUM.

L'enjeu était de taille: en Afrique du Sud, pour qu'un syndicat soit reconnu et puisse participer aux négociations salariales, il doit représenter plus de la moitié des effectifs.

Sur le terrain, les syndicats, qui vivent des cotisations, n'hésitent pas à recourir à la violence ou à l'intimidation pour enrôler des travailleurs ou les forcer à rejoindre une grève.

A Marikana, selon l'ISS, la grève a été lancée par des intérimaires non syndiqués. Mais l'AMCU a saisi la balle au bond. Son chef de file, Joseph Mathunjwa, a fait irruption dans un service commémoratif organisé pour les victimes et en a profité pour haranguer la foule.

"Il est très difficile de construire une solidarité très forte entre les travailleurs.... La violence devient un outil pour obtenir la solidarité des travailleurs", observe Crispen Chinguno, chercheur à l'Université du Witwatersrand de Johannesburg.

La violence est selon lui intimement liée à l'ordre social post-apartheid, avec des syndicats forts hérités de la lutte contre le pouvoir blanc.

De nombreux travailleurs, dont beaucoup ne sont pas qualifiés, se sont ouvertement tournés vers l'AMCU, au discours radical.

"J'ai cessé d'être un membre du NUM parce que (...) tous les jours, quand nous sommes en grève comme ça, ils nous disent juste de retourner au travail, sans raison, sans aucune réponse qui puisse nous satisfaire", témoigne Joseph Motingwe, passé à l'AMCU il y a trois ans.

Ces rivalités politiques et syndicales se jouent dans une société où la croyance en la magie noire, le "juju", est toujours enracinée. Une partie de l'opinion publique attribue à ces croyances la témérité des grévistes de Marikana qui n'ont pas hésité à affronter, munis de lances et de machettes, des forces de l'ordre puissamment armées. Trente-quatre mineurs ont été abattus.

Les médias locaux ont évoqué une vidéo prise par un hélicoptère de la police, montrant des hommes nus faisant la queue pour être enduits d'herbes censées les protéger des balles.

"L'utilisation de +mutis+ (talismans) est devenue institutionnalisée dans tout ce qu'ils (les syndicats) font", note Crispen Chinguno.

Les 17.000 mineurs d'Impala Platinum croient qu'ils ont retrouvé leur emploi grâce au "juju", ajoute le chercheur.

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