NOUVELLES

Jeux Paralympiques: Israël veut continuer à amasser les médailles

26/08/2012 06:15 EDT | Actualisé 26/10/2012 05:12 EDT

Avec plus de 300 médailles, dont 113 en or, aux jeux Paralympiques depuis leur création à Rome en 1960, Israël entend se maintenir parmi les meilleurs à Londres, un paradoxe puisque ses sportifs non handicapés sont eux revenus complètement bredouilles des JO-2012.

Il est six heures du matin quand Reouven Magnagey, père de cinq enfants, récite ses prières, puis prend un frugal petit-déjeuner après avoir arrosé la pelouse qui entoure sa modeste demeure à Holon, près de Tel-Aviv.

Comme tous les jours, une heure plus tard, il s'entraîne avec ses avirons sur la rivière Yarkon dans la catégorie skiff en couple.

"Il y a dix ans, j'étais confortablement installé dans mon bureau d'ingénieur en management industriel, et j'avais plutôt tendance à l'embonpoint, lorsque l'armée m'a rappelé en urgence pour une période de réserve", raconte ce quadragénaire au physique d'athlète, un sourire désabusé aux lèvres.

"Une vague d'attentats-suicide déferlait alors dans les cafés, autobus et hôtels des villes d'Israël. Je me suis retrouvé en opération dans le camp de réfugiés (palestiniens) de Jénine (Cisjordanie), après avoir quitté ma femme et mes enfants", poursuit-il.

Atteint par une balle qui lui a fracassé la cheville lors d'une embuscade dans laquelle treize de ses camarades ont trouvé la mort, il a ensuite subi plusieurs interventions chirurgicales complexes et suivi un long processus de rééducation.

Au fil du temps, il a réussi à évacuer ses cauchemars sans les oublier, grâce au sport et à l'aide des experts et psychologues de "Beit Halochem". Ce centre, qui relève de l'organisation des vétérans handicapés de l'armée, dispose d'un vaste complexe d'installations sportives à Tel-Aviv, Jérusalem et Haïfa, et chapeaute des activités de rééducation et d'insertion sociale.

Déjà sélectionné à Pékin en 2008, Reuven Magnagey est "l'un des grands espoirs de la délégation israélienne à Londres, qui compte 25 sportifs dans neuf disciplines (cyclisme, skiff, tennis en fauteuil roulant, tennis de table, marathon, tir, sports équestres, voile, natation)", indique Ronny Bolotine, le directeur général du Comité paralympique d'Israël.

"Pour moitié, ils proviennent de l'armée, dont deux anciens pilotes de l'air et plusieurs membres d'unités combattantes d'élite", précise cet homme de 56 ans, lui-même ancien nageur de haute compétition jadis blessé à la jambe et aux yeux par l'explosion d'une mine durant son service militaire.

Selon lui, Israël a été amené à jouer "un rôle de pionnier, et a acquis beaucoup d'expérience" dans la réhabilitation des blessés de guerre en raison des nombreux conflits qui ont jalonné son histoire depuis sa création en 1948.

"Cela explique nos succès aux Paralympiques, surtout durant les décennies 1970-1990", dit-il en rappelant que Tel-Aviv a accueilli ces Jeux en 1968.

"Depuis, il y eu une énorme prise de conscience mondiale des vertus du sport pour la thérapie et la rééducation. Et la compétition, devenue beaucoup plus sévère, se jauge désormais à l'aune du professionalisme", ajoute-t-il.

Mais les subventions et budgets octroyés par l'Etat sont plutôt maigres. Si Reouven Magnagey est à l'abri du besoin grace à sa pension de handicapé de guerre, sa partenaire en skiff, Olga Sokolov, mère de famille monoparentale, doit en revanche gagner sa vie comme caissière dans un supermarché.

Selon des chiffres officiels, Israël compte quelque 750.000 handicapés physiques, soit 12% de la population. Ses industries de pointe ont souvent développé de précieux appareillages pour répondre à leurs besoins spécifiques.

Courage, abnégation, endurance, détermination: autant de qualités que les handisportifs israéliens devront cependant déployer pour s'imposer parmi les quelque 4.200 athlètes de 165 pays inscrits aux jeux Paralympiques de Londres (29 août-9 septembre).

"Je suis gonflée à bloc, et j'espère bien décrocher une médaille à bord de mon skiff", dit ainsi Moran Samuel, assise sur son fauteuil de paraplégique.

Entre deux séances d'entraînement, elle mène une vie de couple et exerce sa profession de psychothérapeute.

ChW/agr/gf/smr

PLUS:afp