NOUVELLES

Guerre d'images entre régime syrien et militants après le massacre de Daraya

26/08/2012 11:10 EDT | Actualisé 26/10/2012 05:12 EDT

Une guerre d'images a éclaté entre les médias du régime syrien et l'opposition après la découverte de centaines de corps dans la localité de Daraya près de Damas, les deux camps s'accusant mutuellement du massacre et diffusant des vidéos insoutenables de victimes.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), au moins 320 personnes ont été tuées depuis mardi dans cette localité de 200.000 habitants visée par une vaste offensive de l'armée pour déloger les rebelles de l'Armée syrienne libre (ALS), que le régime qualifie de "terroristes".

Une vidéo de militants diffusée samedi montre des corps d'hommes ensanglantés alignés à même le sol dans les salles peu éclairées d'une mosquée. "Il y a plus de 150 martyrs dans cette mosquée", dit l'homme qui filme en avançant prudemment au milieu des corps et en s'attardant sur chaque visage.

Sur une autre vidéo, publiée la veille, on voit des dizaines de corps défigurés, ensanglantés et partiellement carbonisés, alignés dans une immense fosse commune.

Et un troisième enregistrement des Comités locaux de coordination (LCC), montre les préparatifs pour les funérailles à Daraya, où les corps sont déposés sous des couvertures dans des tranchées creusées à la hâte et recouverts de feuilles de palmiers.

"Les chabbihas (milices pro-régime) se sont transformés en machines à tuer", ont dénoncé les LCC, une organisation de militants anti-régime.

Selon Mohammad Chehadé, des LCC, les forces de sécurité ont commis un massacre samedi après le retrait des combattants de l'ASL. Parmi les 156 personnes tuées, dont 19 femmes et trois enfants, et dont les corps ont été filmés à la mosquée, une partie était abritée dans ce lieu de culte, et les autres s'étaient réfugiées dans un immeuble 100 mètres plus loin.

"Après le retrait de l'ASL, les troupes d'Assad ont commencé des perquisitions, ils sont entrés dans la mosquée, y ont tué les civils et ont abattu les autres cachés dans l'immeuble", dit-il à l'AFP. "Ils avaient de gros trous à la poitrine et la tête, ce qui montre qu'ils ont été abattus à bout portant".

"Alertés par l'odeur de décomposition en raison de la forte chaleur, les voisins (dans l'immeuble) ont transporté ces corps à la mosquée", aux côtés des autres cadavres.

Ces informations et images sont impossibles à vérifier en raison des restrictions imposées par Damas aux médias étrangers et organisations de défense de droits de l'Homme.

Et dans cette guerre de propagande, les médias du régime -agence Sana, TV d'Etat ou autres télévisions comme Ad-Dounia- offrent une version totalement différente des faits, en accusant les rebelles présentés comme des "terroristes" de tous les maux.

Ad-Dounia a diffusé un reportage sous le titre "Daraya se purifie des terroristes". Sur fond de musique classique dramatique, elle montre un homme à la tête écrasée, sa mobylette à ses côtés, un autre au visage boursouflé, le sang dégoulinant de sa bouche et d'autres, apparemment tués dans un cimetière.

"Comme à chaque fois que nous allons dans une région, les terroristes y ont déjà pratiqué ce dans quoi ils excellent: le crime, le meurtre, et tout ça au nom de la liberté", lance la journaliste sur le terrain.

Elle montre un homme à l'avant d'un mini-bus, la tête ensanglantée inclinée en dehors de la vitre. "Ce sont des images qui donnent la chair de poule et font pleurer", commente-t-elle.

"Ils nous ont déplacés de nos maisons sous prétexte que les forces de sécurité allaient venir nous tuer", affirme une femme, la peur au visage. "Qui vous a dit ça?" demande la journaliste. "Des hommes armés", répond la femme.

La TV montre des soldats transportant des blessés, puis un homme criant au micro "S'il vous plaît, délivrez-nous d'eux'", en référence aux rebelles. Un autre crie la même chose et éclate en pleurs, entourés de soldats impassibles.

"Nous documentons les crimes des terroristes", poursuit la journaliste, en montrant dans le couloir d'un immeuble "une famille sommairement exécutée".

Un soldat prend la parole, "ils tuent des femmes et des enfants de sang froid. Que le monde entier regarde" en montrant des corps sans vie.

Un autre accuse les rebelles de brûler des corps d'insurgés étrangers, des "Pakistanais, des Afghans", "en vue de cacher leur identité". Les militants avaient accusé les chabbihas d'avoir brûlé les corps.

am-jad-ram/tp

PLUS:afp