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Zone d'exclusion aérienne partielle en Syrie: faisable, selon des experts

24/08/2012 06:16 EDT | Actualisé 24/10/2012 05:12 EDT

La création à des fins humanitaires d'une zone d'exclusion aérienne partielle le long d'une frontière avec la Syrie, évoquée par la France, est militairement faisable, selon des experts qui insistent toutefois sur la nécessité d'un mandat de l'ONU.

"Il faudrait quand même un mandat de l'ONU mais c'est peut-être négociable avec les Russes car on serait uniquement dans le cadre d'une opération humanitaire", estime Jean-Pierre Maulny de l'Institut français des relations internationales et stratégiques (Iris).

Moscou s'est opposé jusqu'à présent à toute mesure coercitive de l'ONU à l'égard de son allié syrien.

Jeudi, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a évoqué la possible instauration d'une zone d'exclusion aérienne sur une partie du territoire syrien, jugeant que cette hypothèse, avancée récemment par les Etats-Unis, méritait "d'être étudiée".

Dans le même temps, son collègue des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui veut accroître l'aide humanitaire internationale au peuple syrien, indiquait être "en train de réfléchir à tout ça" et soulignait la nécessité d'un "accès humanitaire au sein de la Syrie".

Plusieurs pays voisins ont mis en garde ces dernières semaines contre les difficultés de gestion des réfugiés, soulignant qu'ils ne pourraient les accepter au-delà d'un certain volume et qu'il serait nécessaire dans ce cas de créer des camps du côté syrien.

"La zone de protection humanitaire serait pour tout le peuple syrien, donc ça paraît jouable", juge Jean-Pierre Maulny.

"Si vous faites une zone d'exclusion aérienne sur 20 km à l'intérieur du territoire syrien, vous avez la perte de la souveraineté de la Syrie sur une partie de son espace aérien mais il s'agirait d'un (objectif) humanitaire et non d'une opération offensive contre le gouvernement syrien", poursuit l'expert de l'Iris.

Les experts s'accordent à dire que, d'un point de vue militaire, la création éventuelle d'une telle zone d'exclusion aérienne partielle est réalisable.

Une telle création de zone d'exclusion permettrait l'acheminement par convois routiers ou rotations d'hélicoptères d'une aide humanitaire conséquente, alimentaire et médicale.

"Militairement, c'est relativement facile et pas très compliqué", souligne François Heisbourg, chercheur auprès de la Fondation de la recherche stratégique (FRS). "Faire une zone d'exclusion partielle est quelque chose qui est faisable, à petite échelle, à des fins humanitaires, le long de la frontière", insiste-t-il.

"Par exemple, sur 20 km le long de la frontière turque, vous prévenez le gouvernement syrien qu'aucune activité aérienne militaire de la Syrie ne sera acceptée. Ensuite les Syriens mettent au défi ou ne mettent pas au défi", explique François Heisbourg.

"Les défenses anti-aériennes syriennes n'ont pas le nez collé à la frontière", ajoute le spécialiste qui juge lui aussi indispensable un mandat de l'ONU même pour une opération strictement humanitaire. "L'antenne chirurgicale française installée en Jordanie bosse" et des moyens accrus pourraient être mis en oeuvre, juge-t-il.

"Techniquement, ce ne sera pas facile", prévient toutefois Jean-Pierre Maulny, en évoquant "le risque de +frottements+ avec l'armée syrienne". "Il y a des risques d'accrochages", qui peuvent être minimisés selon lui par une coordination avec l'armée syrienne. Mais, note-t-il, à la condition que cette dernière ne cherche pas au contraire la provocation.

Le 22 juin, la défense aérienne syrienne avait abattu en Méditerranée orientale un avion de chasse turc, que Damas accusait d'avoir pénétré dans son espace aérien.

prh/thm/jlb

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