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Violents combats à Tripoli au Liban, trois morts dont un cheikh sunnite (sécurité)

24/08/2012 07:36 EDT | Actualisé 24/10/2012 05:12 EDT

Un jeune cheikh sunnite a été tué vendredi par un tireur embusqué à Tripoli, la grande ville du nord du Liban, provoquant de nouveaux combats liés au conflit en Syrie qui ont fait deux autres morts, a annoncé à l'AFP un responsable des services de sécurité.

La mort du cheikh Khaled el-Baradei, 28 ans, a provoqué de violents affrontements à l'aube après un fragile cessez-le-feu entre le quartier alaouite de Jabal Mohsen (nord-est) et celui sunnite de Qobbé (est).

Un blessé de Qobbé a succombé, de même qu'un habitant du quartier voisin sunnite de Bab el-Tebbaneh (nord). Et 17 personnes ont été blessées, en particulier par des tireurs embusqués.

Selon des sources médicales, un technicien de Sky News Arabia et une photographe canadienne indépendante ont été légèrement blessés par des balles perdues près de Bab el-Tebanneh.

Les combats à l'arme automatique et au lance-roquettes ont provoqué d'importants incendies dans ces quartiers pauvres de la grande ville portuaire, selon un correspondant de l'AFP.

Des dizaines de miliciens sunnites encerclent de fait le quartier alaouite, en occupant la rue de Syrie et le souk de la farine, mais l'armée s'est positionnée entre les deux camps, selon un photographe de l'AFP.

Des familles fuyaient en faisant des trous dans les murs de leurs appartements à travers lesquels elles faisaient descendre des échelles en bois.

Vers 08H30 (05H30 GMT), les miliciens des deux bords sont partis à mobylettes et les armes se sont tues. Mais six magasins ont été incendiés dans le centre-ville, dont quatre appartenant à des alaouites.

"Ceux qui ont ouvert le feu, ce sont eux, les gens de Jabal Mohsen", a accusé Abou Othman, un homme armé sunnite.

Les combats, qui ont repris lundi, ont fait au total au moins 14 morts et 86 blessés. Ils opposent des hommes de Jabal Mohsen, partisans du régime syrien contrôlé par le clan alaouite du président Bachar al-Assad, à leurs rivaux de Bab el-Tebbaneh et Qobbé, hostiles au pouvoir à Damas.

La ville de Tripoli est régulièrement secouée par ce type d'affrontements depuis le début de la crise en Syrie il y a 17 mois.

"Je ne peux plus supporter cette situation. J'ai chez moi trois familles qui ont fui les violences" cette semaine, a déclaré à l'AFP Ahmed Breiss, carrossier à Qobbé.

"Nous n'avons rien à voir avec ce qui se passe en Syrie, nous voulons vivre en paix", a-t-il lancé. "On a à peine de quoi vivre et les miliciens, eux, reçoivent des salaires, ils ne militent pas pour une cause mais pour leurs propres intérêts".

Le Liban, qui a connu 30 ans d'hégémonie syrienne, reste profondément divisé entre adversaires et partisans du régime Assad, et le Premier ministre Najib Mikati s'est dit "inquiet" des tentatives d'entraîner le Liban dans le conflit syrien.

La France a mis en garde contre toute importation du conflit syrien, et les Etats-Unis se sont dits "très inquiets des violences" au Liban et d'une "réaction en chaîne à partir de la Syrie", tandis que l'ONU a appelé à soutenir davantage le Liban face aux risques de déstabilisation.

Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a déploré les affrontements au Liban, ajoutant qu'ils "freinaient" son travail d'aide aux Syriens qui se réfugient au Liban. Le HCR dispose d'un nouveau centre d'aide à Tripoli même.

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