POLITIQUE

Un référendum d'initiative populaires créerait une pression énorme, admet Marois

24/08/2012 11:32 EDT | Actualisé 24/10/2012 05:12 EDT
CP

QUÉBEC - S'il est porté au pouvoir, le Parti québécois haussera de plus de 600 millions $ l'impôt des contribuables les mieux nantis.

Critiquée depuis plusieurs jours par ses adversaires, la chef péquiste Pauline Marois a finalement présenté vendredi à Québec le cadre financier de son parti. Le document prévoit de nouvelles dépenses de 992 millions $ sur cinq ans.

Comme il s'y était engagé précédemment, le PQ abolirait la taxe santé de 400 $ par famille pour refiler la facture aux particuliers dont le revenu annuel atteint ou dépasse 130 000 $. Avec l'ajout de deux nouveaux paliers d'imposition, le fardeau fiscal de 142 000 contribuables serait alourdi de 610 millions $.

Le Parti québécois a choisi de soulager la classe moyenne et les plus fortunés «sont capables d'en faire un petit peu plus», a dit Mme Marois en conférence de presse, aux côtés du député sortant Nicolas Marceau et autres candidats de son équipe dite «économique».

Au net, les nouvelles dépenses promises par le Parti québécois restent juste en deçà de la barre du milliard de dollars.

La croissance économique anticipée, inscrite au budget 2012-2013, permettra de dégager la marge de manoeuvre de 200 millions $ par année nécessaire au financement des nouvelles mesures, espère la chef du PQ.

Aussi, dans l'espoir de parvenir à l'équilibre budgétaire dès l'an prochain, Mme Marois fait le pari de limiter la croissance des dépenses de programmes à 2,4 pour cent au cours des cinq prochaines années.

Le plan de match du Parti québécois correspond à la situation économique «que nous connaissons», a déclaré la leader souverainiste.

Mme Marois semble entretenir une vision assez optimiste pour l'avenir malgré les nuages qui se dessinent dans le ciel de l'économie mondiale.

«Il y a encore une croissance présente en Asie», a-t-elle dit.

Quant au paiement de la dette publique, le PQ promet d'y consacrer annuellement près de 200 millions $ provenant des redevances minières. Le Parti québécois compte aussi liquider le Fonds des générations et verser d'un coup 5,5 milliards $ pour réduire l'ardoise collective.

De manière prévisible, Jean Charest et François Legault ont aussitôt discrédité le cadre financier péquiste à grands renforts d'arguments comptables.

«Elle va taxer davantage les Québécois et augmenter les impôts, a fait valoir le chef libéral à Bécancour. Ça explique pourquoi elle a retardé le dépôt de son cadre financier, elle essayait de cacher ça.»

À son avis, l'abolition des hausses prévues aux droits de scolarité et aux tarifs d'électricité du bloc patrimonial va contribuer à mettre «en péril la cote de crédit du Québec».

De son côté, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a évalué à 2 milliards $ le manque à gagner qu'entraînera le plafonnement à 2,4 pour cent de la croissance des dépenses pendant cinq ans.

«Mme Marois nous dit qu'elle ne veut couper aucun poste. Elle a les mains attachées avec les syndicats. Je me demande comment elle va faire pour couper 2 milliards $ par année», a dit M. Legault, en campagne en Mauricie.

Avec la présentation de son cadre financier, Mme Marois aurait aimé mettre le couvercle sur la marmite de la stratégie référendaire, mais le sujet est revenu une fois de plus sur le tapis, vendredi.

Interrogée par les journalistes, la chef du PQ a déclaré qu'au nom de «l'intérêt supérieur du Québec», elle pourrait refuser de tenir un référendum sur la souveraineté exigé par les citoyens par le biais d'un Référendum d'initiative populaire (RIP).

Elle a de plus admis qu'une telle requête créerait une pression énorme sur le gouvernement. Mais elle a répété, comme elle l'avait fait la veille, que l'Assemblée nationale aura le dernier mot sur la décision de tenir ou non un troisième référendum sur la souveraineté.

«On permet à la population d'exprimer sa voix et une fois que cette voix s'est exprimée, il faudra avoir de très bonnes raisons pour dire non. Mais on pourra en avoir dans certaines circonstances», a dit la chef péquiste en point de presse à La Pocatière.

L'un des motifs qui pourraient justifier le refus du gouvernement de relancer le processus référendaire est «l'intérêt supérieur du Québec», a souligné Mme Marois, sans expliciter davantage.

En vertu de la formule des RIP, adoptée par le PQ en janvier sous l'impulsion du député Bernard Drainville, un registre regroupant les signatures de 850 000 électeurs ou 15 pour cent de l'électorat serait en principe suffisant pour enclencher un référendum sur la souveraineté.

Au cours d'une entrevue à RDI, jeudi, M. Drainville a estimé qu'un gouvernement péquiste qui ignorerait la «volonté démocratique» de 850 000 signataires pro-référendum paierait un prix politique «énorme» pour avoir «floué» la population.

Mme Marois, qui marche sur des oeufs depuis le début de la campagne électorale au sujet de ses intentions référendaires, a nié tout désaccord vendredi avec son candidat.

«Nous nous sommes parlés hier et il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille de papier qui nous sépare. (...) Ce que je dis et ce que lui dit, c'est que ça crée une force de pression très importante. Cependant, c'est consultatif et l'autorité revient à l'Assemblée nationale», a-t-elle déclaré.

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