NOUVELLES

Marikana: "même quand je dors, j'entends encore les coups de feu"

24/08/2012 04:01 EDT | Actualisé 23/10/2012 05:12 EDT

"Tous les gens qui étaient ici sont morts, ils sont partis", lâche un gréviste en conduisant la journaliste de l'AFP le long de la colline où la fusillade de Marikana a eu lieu le 16 août. "J'étais de ce côté", dit-il en montrant le versant opposé. "C'est pour ça que j'ai survécu. J'ai couru".

Cet ouvrier de la mine de platine située dans le nord de l'Afrique du Sud refuse de dire son nom, même après un long effort de persuasion, déclarant simplement qu'il travaille à Lonmin (le nom de l'exploitant) depuis deux ans et a deux enfants.

"Je n'ai plus confiance dans la police. S'ils voient mon nom dans le journal, ils iront chez Lonmin et Lonmin leur donnera mon adresse. Notre ministère de l'Intérieur a tous les noms. Non, c'est dangereux. La police va me rechercher jusque chez moi et m'attaquer la nuit", craint-il.

Il affirme que la police perquisitionne au domicile des mineurs. "Oui, même mercredi soir, ils sont venus en balançant des coups de pied dans les portes. On ne sait pas ce qu'ils veulent", renchérit un de ses amis, se faisant appeler seulement par son prénom, Victor.

"Partout où on était, ils tiraient", reprend le premier gréviste. "Même la nuit quand je dors, j'entends encore des coups de feu", dit-il, à propos des policiers qui ont tiré sur les mineurs en grève sauvage, faisant 34 morts et 78 blessés il y a huit jours.

Le mouvement de grève avait auparavant déjà fait 10 morts dans des rivalités intersyndicales, dont deux policiers, et une médiation conduite par l'église était en cours.

Un représentant des grévistes, Zolisa Bodlani, affirme qu'un mineur a été abattu depuis un hélicoptère et un autre tué à bout portant alors qu'il était à terre, blessé et se vidait de son sang. Des allégations invérifiables.

Interrogé pour savoir si les grévistes avaient des armes à feu, raison avancée par la police pour justifier la fusillade, il dément.

"Personne n'avait de pistolet. Des pangas (machettes, ndlr) oui. Mais il n'y a pas de grève en Afrique du Sud où l'on vient avec une banane", confie un autre mineur réclamant l'anonymat.

"Même notre président Jacob Zuma, quand il se marie, il a une lance. En tenant ce truc, on montre qu'on est sérieux", dit-il, alors que des journaux ont publié de saisissants portraits d'un gréviste non pas avec le couteau entre les dents, mais narguant la police de la pointe de sa lance posée sur sa langue.

Selon lui, les grévistes demeurent sur leurs gardes et ne reprendront pas le travail tant que leurs demandes salariales ne sont pas satisfaites.

"Tout ce sang ne peut pas avoir coulé pour rien. Leur âmes ne peuvent pas reposer en paix si nous abandonnons", ajoute-t-il.

Les foreurs à l'origine de la grève exigent 12.500 rands par mois (environ 1.250 euros). Ils disent gagner 4.000 rands mensuels mais leur employeur, le groupe britannique Lonmin, affirme qu'avec les primes et avantages, ils sont en fait à 11.000 rands.

Les mineurs réclamant aussi que justice soit faite.

"Ceux qui ont tué nos frères, on veut savoir qui c'est. Nous voulons que justice soit faite contre ces +amaberede+", des flics en argot, dit-il.

A ses pieds, une paire de basket, une veste de sport bleu marine et une couverture traînent sur un monticule caillouteux. Des pierres portent des lignes de peinture jaune fluo tracées par les enquêteurs.

"Ca montre que quelqu'un a été tué ici", dit le gréviste, avant de désigner un point où, affirme-t-il, le corps d'un mort "fantôme", pas sur la liste des 34 morts de la fusillade, apparaîtrait et disparaîtrait quand il y a trop de monde.

Il est sûr que Lonmin n'osera pas les licencier. "Même s'ils nous virent, ils ne peuvent pas nous remplacer. On fera passer un sale quart d'heure à quiconque veut venir et travailler ici", prévient-il.

sn/clr/cpb/jlb

PLUS:afp