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Malaise dans les médias tunisiens et méfiance à l'égard du gouvernement

24/08/2012 11:05 EDT | Actualisé 24/10/2012 05:12 EDT

Une émission satirique arrêtée brusquement, des nominations controversées à la tête de médias publics: les journalistes tunisiens soupçonnent Ennahda, le parti islamiste au pouvoir, d'avoir dans le viseur la liberté de la presse acquise avec la révolution de 2011.

Si le gouvernement se défend de porter atteinte au travail des médias, des décisions et déclarations polémiques de hauts responsables sont venues renforcer les craintes des journalistes.

Jeudi, le ministre de la Santé, Abdelatif Mekki s'en prenait ainsi à des émissions qui "dépassent les bornes du respect".

"Il faut respecter les symboles nationaux, le président de la République, le président du Parlement, le chef du gouvernement", a-t-il déclaré.

Quelques heures plus tard, le secrétaire général du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), Mongi Khadraoui révélait que "la programmation des Guignols a été arrêtée à la suite de pressions indirectes des autorités".

L'émission de marionnettes, qui était diffusée quotidiennement depuis à peine un mois sur Ettounissiya TV, traitait de manière satirique la vie politique, et visait particulièrement les dirigeants du pays et d'Ennahda.

Les responsables de la chaîne ne se sont pas prononcés sur le sujet, cependant le journaliste Sofiène Ben Farhat affirme que les islamistes luttaient contre ces guignols.

"Il y avait une campagne dans les mosquées, dans les prêches", a-t-il assuré.

Le ministre des droits de l'Homme, Samir Dilou, a, lui, assuré à l'antenne de la radio Mosaïque au sujet de cette affaire qu'il "n'y avait aucune volonté de censure".

Cette controverse est loin d'être la première. Une série de télévisions, radios et journaux passés sous le contrôle de l'Etat après la révolution qui a renversé le président Ben Ali, ont vu nommées à leurs têtes des nouvelles directions sans que les rédactions ne soient consultées.

Les quotidiens Essabah (en arabe) et Le Temps (en français), qui appartiennent au même groupe, protestent depuis une semaine contre l'arrivée d'un nouveau directeur général.

Le parti Ennahda assure, lui, régulièrement mettre de l'ordre dans le paysage médiatique, après les années Ben Ali, et que les critiques dont il est l'objet témoignent de la liberté des journalistes.

"La situation est grave. Sommes-nous aujourd'hui face à une volonté de réforme, ou une volonté de restriction des libertés?", s'interroge l'animateur de télévision Elyes Gharbi, lui-même limogé de la direction de la radio Shems-FM en février.

"Ce que je vois c'est que (les décisions) se font sans concertation avec les gens du métier, avec les syndicats (...). En l'absence d'une structure indépendante de régulation, les décisions sont prises dans des bureaux isolés", souligne-t-il.

L'Instance indépendante chargée de réformer l'information et la communication (Inric) s'est sabordée début juillet en dénonçant le recours par le pouvoir à des "outils de désinformation et de censure".

Reflétant ce malaise des relations entre presse et pouvoir, le chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi, a accusé vendredi les médias de "dramatiser les problèmes" en Tunisie.

"La nature de l'information est de chercher le négatif, mais nous avons besoin de sentir (dans la couverture médiatique) les réalisations" du gouvernement, a-t-il dit.

Le Premier ministre Hamadi Jebali, issu d'Ennahda, a, lui, reçu des représentants de la profession jeudi, insistant sur la nécessité d'un dialogue.

Selon un communiqué du gouvernement, les participants se sont mis d'accord sur la création d'un "cadre de concertation" afin de "résoudre les problèmes à travers le dialogue".

Le SNJT s'est pour sa part donné vendredi jusqu'à la mi-septembre pour décider d'appeler ou non à une grève dans la profession.

ms-alf/sd

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