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La dépouille d'Arafat attend d'être examinée par les experts suisses

24/08/2012 06:49 EDT | Actualisé 24/10/2012 05:12 EDT

L'institut de radiophysique de Lausanne a annoncé vendredi qu'il comptait examiner la dépouille de Yasser Arafat après le feu vert de sa veuve afin de rechercher d'éventuelles traces de polonium, une substance radioactive hautement toxique.

Il n'y a jamais eu d'informations médicales claires sur les raisons de la mort du dirigeant palestinien, le 11 novembre 2004, à l'hôpital militaire Percy, près de Paris, après une courte période de dégradation de son état de santé qui avait conduit à son hospitalisation en France. 

La polémique a rebondi le 3 juillet à la suite de la diffusion par la chaîne arabe Al Jazeera d'un documentaire où il apparaît que l'Institut de radiophysique de Lausanne, qui a analysé des échantillons biologiques prélevés sur les effets personnels d'Arafat remis à sa veuve par l'hôpital français y a découvert "une quantité anormale de polonium".

Le polonium est une substance radioactive hautement toxique, qui a servi à l'empoisonnement en 2006 à Londres d'Alexandre Litvinenko, un ex-espion russe devenu opposant au président Vladimir Poutine.

Le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) a reçu début août un courrier de l'Autorité palestinienne demandant cet examen et il a sollicité la veuve du dirigeant palestinien pour obtenir son accord. L'avocat genevois de Mme Souha Arafat, Maitre Marc Bonnant, a déclaré jeudi soir à la Radio Télevision suisse, que celle-ci "a voulu cette enquête, c'est elle qui l'anime, c'est elle qui la propulse et la conséquence serait que nous irons à Ramallah. Il faudrait que nous puissions y arriver dans le mois qui va venir".

La veuve d'Arafat a déposé le 31 juillet en France une plainte contre X pour assassinat.

Le CHUV attend maintenant une "confirmation écrite formelle de l'avocat" et ses experts sont prêts à se rendre en Cisjordanie "dans quelques jours", a indiqué à l'AFP le porte-parole du Centre, M. Darcy Christen. "C'est une question de jours", a-t-il dit en précisant que les experts effectueront d'abord "une mission de repérage", pour rencontrer les représentants de l'Autorité palestinienne, voir les conditions du mausolée et recenser les disponibilités technologiques et scientifiques sur place. 

L'objectif de l'examen qui devrait avoir lieu dans une seconde mission, si elle est décidée, sera de faire des prélèvements pour rechercher des traces éventuelles de polonium. 

"Le temps presse, on peut dire que c'est une question de semaines, pas de mois, car la traçabilité du polonium diminue de moitié tous les 138 jours", a précisé M. Christen. Depuis le décès non expliqué médicalement du dirigeant palestinien le 11 novembre 2004 il y a déjà eu plus d'une vingtaine de cycles.

Le CHUV entend mener cette procédure "dans un cadre légal clair et s'entourer de garanties d'indépendance, tout en agissant en transparence vis à vis de Mme Arafat", souligne-t-on à Lausanne. 

Au cours d'une conférence de presse le 8 août à Ramallah, un ancien officier du renseignement palestinien, Tawfiq Tirawi, qui a mené l'enquête sur la mort d'Arafat en 2004, avait indiqué que le laboratoire de Lausanne aurait toute l'indépendance souhaitée.

"Nous sommes prêts à leur donner toutes les garanties qu'ils veulent", avait déclaré Tirawi. "L'Autorité palestinienne a parlé avec la veuve d'Arafat, et elle a donné son accord pour l'exhumation d'une partie de ses restes pour examen", avait-il ajouté.

Commentant le dépôt de la plainte en France, l'avocat de Mme Arafat à Paris, Me Pierre-Olivier Sur avait souligné que cette plainte pour assassinat était "dirigée contre X - de telle sorte que Souha et Zawra Arafat (sa fille mineure) n'accusent personne: ni Etat, ni groupement, ni individu. Elle n'est pas prescrite puisqu'elle intervient moins de 10 ans après les faits et n'a d'autre objet que d'établir la vérité en mémoire de leur mari et père". 

La justice française ne s'est pas encore prononcée sur la recevabilité de la plainte.

pjt/apo/aub

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