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Ethiopie: le vice-Premier ministre aux commandes, mais des questions sur la succession

24/08/2012 10:17 EDT | Actualisé 24/10/2012 05:12 EDT

Le vice-Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, présenté par Addis Abeba comme le successeur du Premier ministre défunt Meles Zenawi, est propulsé sur le devant de la scène politique, mais son rôle réel et son maintien à la tête du pays posent question.

Pour le gouvernement, les choses sont claires : M. Hailemariam n'assure pas seulement l'intérim après la mort de Meles, dans la nuit de lundi à mardi, mais il restera en poste jusqu'en 2015, date prévue des prochaines législatives.

C'est désormais l'interlocuteur des dirigeants étrangers: le président américain Barack Obama, dont le pays avait fait de Meles un allié dans la lutte contre l'islamisme dans la Corne de l'Afrique, l'a contacté jeudi pour, notamment, évoquer la contribution d'Addis Abeba à la paix régionale.

Mais plus de 72 heures après l'annonce du décès de l'homme fort de l'Ethiopie des 20 dernières années, aucune date n'a ainsi encore été annoncée pour réunir le parlement, devant lequel M. Hailemariam doit prêter serment pour prendre formellement le poste de Premier ministre.

Une session parlementaire convoquée jeudi dernier a été annulée, officiellement pour respecter le deuil national décrété jusqu'aux funérailles de Meles. M. Hailemariam assistait jeudi de toute façon aux obsèques du patriarche de l'Eglise orthodoxe éthiopienne, autre figure du pays disparu mi-août.

Mais, "on se demande s'il n'y a pas un problème", relève un diplomate sous couvert de l'anonymat, "ce (vendredi) matin, il n'y a toujours pas de date annoncée" pour convoquer le parlement. "Ca peut être de l'impréparation, mais ça peut être aussi le signe de tensions internes."

Sudiste, protestant, n'ayant pas combattu au sein de la rébellion ayant conduit Meles et ses fidèles au pouvoir en 1991, Hailemariam Delasegn, 47 ans, cumule les handicaps, dans un pays où le pouvoir réel est aux mains des ex-rebelles de la minorité tigréenne issue du nord du pays, et dans une société majoritairement orthodoxe très marquée par la religion.

Pas sûr non plus que le personnage, choisi à ce poste en 2010 par Meles dont il fut le conseiller, fasse l'unanimité au sein de la coalition au pouvoir (EPRDF) et surtout de sa colonne vertébrale, le Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), l'ex-rébellion de Meles.

"La transition ne sera sans heurts que si (M. Hailemariam) garde l'unité du TPLF. Ce sera dur pour lui, car il n'est pas membre du parti et va devoir gagner sa confiance", estimait, peu après le décès de Meles, Abdillahi Hassan Jama, professeur de Sciences politiques à l'Université Kenyatta de Nairobi.

"Le décès de Meles pourrait précipiter la compétition pour le pouvoir au sein de l'EPRDF", soulignait lui Jason Mosley, du centre de réflexion britannique Chatham House.

Meles, qui avait évoqué son désir de quitter le pouvoir, semblait vouloir faire de M. Hailemariam son successeur.

"Mais sa mort pourrait totalement bouleverser tout projet. Les caciques de l'EPRDF, et particulièrement du TPLF, vont désormais faire valoir et protéger leurs intérêts, en vue de conserver leurs positions et leur influence après la redistribution des cartes", selon Jason Mosley. Et "il y a de sérieux doutes que Hailemariam (...) reste en fonction de façon plus permanente" après l'intérim.

Pour l'heure, il est peu probable qu'ambitions et rivalités s'affichent. Et M. Hailemariam a pour lui d'avoir été choisi par Meles lui-même. En Ethiopie, "on ne remet pas en cause les décisions de Meles, particulièrement en période de deuil", souligne le diplomate.

Vendredi, des milliers de personnes ont afflué au Palais national d'Addis, pour rendre hommage à leur ancien dirigeant, dont le cercueil leur était pour la première accessible depuis le retour mardi en Ethiopie de la dépouille.

Même investi par le parlement, M. Hailemariam devra encore être adoubé par la coalition au pouvoir, dont un congrès est prévu en septembre à huis clos. "Si Hailemariam Delasegn ne fait pas l'unanimité au sein de la coalition, et particulièrement au sein du TPLF, il ne survivra pas" à la tête du pays, juge le diplomate.

Comme le rappelle M. Mosley, "dans un pays qui n'a connu que trois changements de dirigeants depuis la Seconde Guerre mondiale, il y a peu de précédent utile pour clarifier la façon dont le processus va se dérouler".

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