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Un journaliste en détention, une première depuis la chute de Moubarak

23/08/2012 08:03 EDT | Actualisé 23/10/2012 05:12 EDT

Un journaliste a été mis en détention préventive jeudi à l'ouverture de son procès pour incitation au "chaos" en Egypte, des poursuites dénoncées comme "politiques" dans un climat crispé entre la presse et le pouvoir du président islamiste Mohamed Morsi.

Le rédacteur en chef du quotidien indépendant Al-Dostour, Islam Afifi, s'est vu notifier cette décision à l'issue d'une audience d'une heure et demie. Il était poursuivi pour publication d'informations mensongères et incitation à la déstabilisation du pays.

M. Afifi restera en détention jusqu'au 16 septembre, date de la prochaine audience, a statué le juge du tribunal pénal de Guizeh, au Caire. Il s'agit du premier procès d'un journaliste égyptien depuis la chute de l'ancien président Hosni Moubarak en février 2011.

Financé par des fonds privés, Al-Dostour est plus critique à l'égard du pouvoir que les médias d'Etat, dont les dirigeants ont été remplacés après la prise de fonction du président Morsi le 30 juin.

Interrogé par l'AFP avant l'annonce de sa mise en détention, M. Afifi a dénoncé un procès "politique", affirmant que les plaintes déposées contre lui étaient le fait de "personnes qui ont des motivations politiques".

"Ce procès sera un véritable test pour l'une des demandes essentielles de la révolution égyptienne, qui est la liberté d'expression", a-t-il ajouté.

Le Syndicat des journalistes égyptiens a indiqué, dans un communiqué, avoir engagé des contacts pour obtenir la libération de M. Afifi. L'un des dirigeants du syndicat, Mohamed Abdel Qodous, a estimé que la décision du tribunal était "préjudiciable" pour le président Morsi, qui s'étai engagé selon lui à ne pas emprisonner les journalistes, "pour la révolution et pour la justice".

L'Organisation égyptiennes des droits de l'Homme a demandé la libération du journaliste, affirmant, dans un communiqué, que le procès était à "contre courant de la situation nouvelle de l'Egypte, qui a un président élu et où on s'engage à respecter les libertés publiques".

Méfiance entre presse privée et Frères musulmans

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Selon l'acte d'accusation lu en début d'audience, le journaliste est poursuivi pour des articles affirmant que l'élection du président Morsi a été falsifiée ou que des terrains de la péninsule du Sinaï avaient été vendus aux Palestiniens.

Les poursuites pour incitation au "chaos" et diffusion de "fausses nouvelles de nature à troubler l'ordre public" contre M. Afifi ont été annoncées le 16 août en même temps que celles contre le présentateur de télévision Tewfik Okacha qui est accusé d'"incitation au meurtre" du président Morsi.

M. Okacha dirige la chaîne de télévision privée Al-Faraïn (Les Pharaons) qui diffuse un programme très hostile à M. Morsi et aux Frères musulmans dont il est issu. Il a été interdit de quitter le territoire de même que M. Afifi.

Les autorités ont suspendu la diffusion de la chaîne pour un mois.

Ces poursuites interviennent alors que des militants anti-Morsi ont annoncé pour vendredi des manifestations contre le chef de l'Etat.

M. Morsi avait fait le ménage dans la presse gouvernementale en faisant nommer par la chambre haute, dominée par les Frères musulmans, de nouveaux rédacteurs en chef à la tête des médias d'Etat, qui lui étaient très hostiles.

A l'annonce des poursuites, le département d'Etat américain s'était dit "très inquiet" des restrictions à la liberté de la presse en Egypte.

Les rapports entre les Frères musulmans et la presse privée sont marqués par la méfiance, sur fond de soupçons d'une volonté de la confrérie de mettre au pas les journalistes qui lui sont hostiles.

Le 9 août, plusieurs titres de la presse non-gouvernementale ont publié des encarts blancs à la place de leurs habituels éditoriaux pour dénoncer selon eux une volonté de contrôle des médias de la part des Frères musulmans.

"Cet encart reste blanc pour protester contre la tentative des Frères d'imposer leur contrôle à la presse et aux médias appartenant au peuple égyptien", écrivait Al-Watan, l'un des trois titres avec Al-Tahrir et Al-Masry al-Youm à ne pas publier d'éditoriaux.

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