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Référendum d'initiative populaire: Pauline Marois pourrait opposer son veto

23/08/2012 11:35 EDT | Actualisé 23/10/2012 05:12 EDT

DRUMMONDVILLE, Qc - Pauline Marois a dû corriger le tir jeudi après avoir affirmé qu'un référendum d'initiative populaire (RIP) forcerait le gouvernement à enclencher un nouveau processus référendaire.

La chef péquiste a indiqué qu'elle se réservera au contraire le droit d'opposer son veto à la tenue d'une nouvelle consultation sur la souveraineté, même si les 850 000 signatures requises en vertu du mécanisme des RIP sont inscrites au registre.

La requête populaire sera appréciée à sa juste valeur mais c'est l'Assemblée nationale qui décidera en bout de ligne si le temps est venu d'organiser un nouveau référendum sur la souveraineté, a fait valoir Mme Marois en point de presse à Montréal.

«C'est l'Assemblée nationale qui a toujours le dernier mot et ce sera à l'Assemblée nationale de décider de la tenue ou non du référendum, de son moment. Il peut y avoir des situations où l'intérêt national est en cause», a-t-elle expliqué.

Chère au député sortant Bernard Drainville, la formule des RIP a été adoptée en début d'année par le PQ dans le but de permettre aux citoyens d'exiger un référendum sur une panoplie de sujets, y compris la question nationale, pour autant que 15 pour cent des électeurs signent un registre.

Les RIP étant consultatifs en vertu de la Loi sur les consultations populaires, l'Assemblée nationale conserve toute la marge de manoeuvre pour trancher les débats. Subordonner l'assemblée des élus aux RIP serait contraire à la Constitution, a fait remarquer la chef péquiste.

«L'Assemblée nationale a le dernier mot dans nos institutions démocratiques et ce serait anticonstitutionnel qu'il en soit autrement», a-t-elle soulevé.

En février dernier, Mme Marois tenait pourtant des propos d'une toute autre nature. En conférence de presse à l'Assemblée nationale, elle avait soutenu qu'un référendum d'initiative populaire en faveur d'une nouvelle consultation sur la souveraineté «obligerait le gouvernement à agir dans le sens de la recommandation qui est faite».

Les tergiversations apparentes de Mme Marois sur la question du référendum ont fait réagir le chef libéral Jean Charest qui a reproché à sa vis-à-vis péquiste de vouloir plonger le Québec dans une période d'instabilité politique.

«Ça nous annonce quoi? De l'instabilité. On traverse une période d'instabilité économique assez importante actuellement dans le monde et Mme Marois veut injecter de l'instabilité politique dans nos vies. On n'a pas besoin de ça», a-t-il dit à Montréal.

Au cours des derniers jours, la chef du Parti québécois a dû rectifier le tir sur deux enjeux fondamentaux: la tenue du référendum sur la souveraineté et la loi projetée instaurant la citoyenneté québécoise.

Dans ce dernier dossier, Mme Marois a d'abord déclaré que tous les allophones et les anglophones seraient contraints, sous un gouvernement péquiste, à passer avec succès un test de connaissance du français pour pouvoir se porter candidat à un poste électif _ mairie, conseiller, député.

Or, l'interprétation du projet de loi 195 sur la citoyenneté, déposé par le PQ en 2007, était «erronée», a reconnu Mme Marois.

Une fois la loi 195 adoptée, tous les citoyens habitant le territoire du Québec, y compris les anglophones, allophones et autochtones, obtiendraient la citoyenneté québécoise et le droit d'éligibilité, a-t-elle précisé.

Seuls les nouveaux arrivants souhaitant briguer les suffrages devraient se soumettre à une analyse de leur connaissance du français.

«L'exigence sera faite pour les nouveaux arrivants et le droit d'éligibilité ne pourra être obtenu que si on parle le français. Mais il y a une espèce de clause grand-père pour les gens qui étaient déjà là», a dit la leader du PQ.

Au jour 23 de la campagne électorale, la chef péquiste a annoncé de nouvelles dépenses atteignant 88 millions $ pour soutenir le milieu culturel et l'enseignement de l'histoire.

Entre autres, le Parti québécois au pouvoir augmenterait de 13 millions $ le budget du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) pour le porter à 100 millions $ par année. Dans le but de favoriser une plus grande diffusion des films québécois en salle, le budget de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) serait pour sa part bonifié de 8 millions $, pour un total récurrent de 70 millions $.

Un gouvernement péquiste débloquerait également 10 millions $ supplémentaires pour la production d'information régionale et nationale à Télé-Québec.

Pour accroître les connaissances historiques des écoliers, le PQ s'engage aussi à porter de 350 à 500 le nombre d'heures d'enseignement de l'histoire au secondaire, une mesure évaluée à 7 millions $.

Les engagements ont été présentés dans la circonscription de Gouin où la lutte s'annonce corsée entre le député péquiste sortant Nicolas Girard et la coporte-parole de Québec solidaire Françoise David.

Quelques dizaines de militants présents à la conférence de presse ont bruyamment conspué les questions des journalistes, furieux qu'elles ne portent pas exclusivement sur les engagements du jour.

Attendu de pied ferme par le Parti libéral et la Coalition avenir Québec, le cadre financier du Parti québécois sera par ailleurs présenté vendredi à Québec. Le PQ avait annoncé le dépôt du document samedi mais a devancé soudainement l'événement de 24 heures sans fournir d'explication.

En soirée, devant environ 1000 partisans réunis au théâtre L'Impérial de Québec, Mme Marois a donné un avant-goût de ses intentions budgétaires. Elle a réitéré sa promesse d'affecter immédiatement toutes les sommes du Fonds des générations _ 5,5 milliards $ _ au paiement de la dette, l'engagement numéro 35 inscrit dans la plateforme électorale du parti.

Pendant son allocution de près de 20 minutes, la leader péquiste a aussi livré une charge à fond de train contre la Coalition avenir Québec de François Legault, qui lui livre une chaude lutte dans la région de la capitale.

«François Legault a choisi de renier ses convictions et de rejoindre le camp de Jean Charest, de Stephen Harper, de Stéphane Dion. Il a rejoint le camp du non, le camp du statu quo. J'ai tellement hâte de l'entendre défendre avec passion ses rocheuses canadiennes, j'ai hâte de l'entendre vanter les beautés des plaines de l'Ouest, l'odeur suave des sables bitumineux», a ironisé Mme Marois.

Sur scène, la chef péquiste a reçu l'appui du dramaturge originaire de Québec, Robert Lepage de retour d'Australie.

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