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Profitant du cessez-le-feu, les gens viennent constater les dégâts à Tripoli

23/08/2012 12:25 EDT | Actualisé 23/10/2012 05:12 EDT

Les habitants ont profité jeudi après-midi du fragile cessez-le-feu pour découvrir les dégâts occasionnés par des heurts confessionnels de quatre jours dans deux des quartiers les plus pauvres de Tripoli, la capitale du Liban nord.

Après une matinée où les armes ont parlé faisant un mort et deux blessés, le calme est revenu vers 14H00 (11H00 GMT), même si épisodiquement celui-ci est rompu par quelques tirs auxquels l'armée répond.

Selon un journaliste de l'AFP, des centaines de soldats appuyés par des chars se sont déployés dans la rue de Syrie et les ruelles avoisinantes qui séparent Bab el-Tebbaneh, majoritairement sunnite et hostile au régime syrien, et Jabal Mohsen, alaouite et partisan du président Bachar al-Assad.

Les façades des immeubles sont criblées de balles, les magasins sont fermés, les fils électriques pendent, les ordures jonchent la chaussée, de l'eau s'échappe des tuyaux crevés alors que l'armée a mis des pneus autour des munitions non explosées pour empêcher les gens de s'approcher.

Les affrontements, qui ont coûté la vie en quatre jours à 10 personnes et fait 86 blessés, s'étaient poursuivis toute la nuit en dépit d'un cessez-le-feu décrété mercredi après-midi après une réunion de notables de Tripoli et du déploiement de renforts militaires, selon la même source.

"Ma famille s'est installée chez ma soeur et je suis venu pour constater les dégâts", explique à l'AFP Walid Zohbi, 52 ans, un employé sunnite dans une compagnie de change en montrant les impacts de balles.

"Je ne rentrerai pas chez moi dans les jours qui viennent bien que l'armée se soit déployée car je suis encore très inquiet. Depuis 2008 J'ai quitté douze fois mon appartement à cause des combats", dit-il.

Dans la même rue, Zeina al-Masri, une veuve de 55 ans et mère de cinq enfants, est venue récupérer des vêtements et des papiers, car elle a quitté son appartement précipitamment quand les affrontements ont commencé. "Je ne peux donc pas rentrer dans la situation actuelle. Je suis installée chez la famille de mon mari dans le Akkar", une région au nord de Tripoli, confie-t-elle.

Ces accrochages à l'arme automatique et au lance-roquettes opposent depuis lundi des bandes issues de deux quartiers mitoyens.

Jeudi matin, une personne a été tuée et deux autres blessées à Jabal Mohsen, lors d'un échange de tirs avec des habitants du quartier Bab el-Tebbaneh, selon une source de sécurité.

Il s'agit du dernier épisode d'une série de combats qui secouent régulièrement la ville portuaire de Tripoli entre pro et anti-Assad depuis le début de la crise en Syrie il y a 17 mois.

Le Liban, qui a connu 30 ans d'hégémonie syrienne, reste profondément divisé entre adversaires et partisans du régime Assad dont le puissant mouvement chiite du Hezbollah.

Le Premier ministre libanais Najib Mikati, originaire de Tripoli, s'est dit "inquiet des tentatives d'entraîner le Liban de plus en plus dans le conflit en Syrie alors que ce qui est demandé à tous les responsables c'est de coopérer pour (...) protéger le Liban du danger".

La France a mis en garde contre toute importation du conflit syrien sur le territoire libanais, alors que le département d'Etat américain s'est dit "très inquiet des violences" au Liban et d'une "réaction en chaîne à partir de la Syrie".

L'ONU a appelé la communauté internationale à soutenir davantage le Liban face aux risques de déstabilisation liés aux retombées du conflit syrien.

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