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Marikana: "Dieu, où étais-Tu lorsque nos enfants ont été tués?"

23/08/2012 10:12 EDT | Actualisé 23/10/2012 05:12 EDT

Plusieurs veuves se sont effondrées, terrassées par l'émotion jeudi, au cours de la poignante cérémonie religieuse d'hommage aux mineurs tués à Marikana, à quelques mètres du lieu de la tragédie du 16 août.

Après la cérémonie proprement dite, le jeune tribun populiste Julius Malema a pris la parole pour une intervention très politique et un appel aux grévistes à continuer leur lutte.

"Dieu, où étais-Tu lorsque nos enfants ont été tués? Dieu, où étais-Tu lorsqu'on ne leur a pas payé les salaires qu'ils méritaient ?", a lancé l'archevêque anglican du Cap, Thabo Makgoba, l'un des officiants du service religieux.

"On nous a tiré dessus. Mais ne cherchons pas vengeance. Nous devons aller de la douleur vers la guérison, du néant à la plénitude, du combat à la réconciliation", a-t-il poursuivi, devant une foule de plusieurs milliers de personnes, venues rendre un dernier hommage aux 44 hommes tués dans les violences la semaine dernière, dont 34 abattues par la police.

Au pied de la colline rocheuse du pire massacre policier depuis la chute de l'apartheid en 1994, les mineurs, leurs familles, beaucoup d'hommes venus des mines de toute la région, étaient entassés dans deux grandes tentes blanches dressées pour accueillir la cérémonie.

Une foule innombrable, qui n'avait pas trouvé place à l'ombre des tentes se protégeait tant bien que mal du soleil, souvent en ouvrant des parapluies.

Lorsque les prêches ont commencé, des femmes se sont mises à sangloter bruyamment. Six veuves se sont écroulées sur le sol poussiéreux, incapables de surmonter la douleur.

Un orateur a dû lancer un appel pressant au micro pour demander si des secouristes pouvaient venir prendre soin des personnes les plus affectées.

"Il y a des gens qui souffrent", a-t-il crié.

La prière était menée par l'évêque anglican de Pretoria, Johannes Seoka, qui a rappelé comment les dignitaires religieux avaient tenté vainement d'intervenir comme médiateurs, alors que la tension était à son comble avant la mortelle fusillade du 16 août.

La police, a-t-il témoigné, les a alors empêchés de s'approcher des mineurs en grève. "Je crois que s'ils nous avaient autorisés à aller parler aux ouvriers, il n'y aurait plus eu aucune raison de tirer dans la foule", a-t-il dit.

"Les 34 vies que nous avons perdues ont été perdues en vain. Cela n'aurait pas dû arriver".

Face à la foule, un grand cierge blanc brûlait, symbole du réconfort que le clergé tentait d'apporter aux familles endeuillées.

Selon la tradition africaine, les prêches et les prières ont été ponctués de chants et de danses. La foule a notamment repris en choeur le chant de deuil zoulou de l'époque de l'apartheid intitulé "Senzeni na" qui signifie "Qu'avons-nous fait?". A l'époque, les victimes tombaient sous les coups du régime raciste.

Après la cérémonie, l'ancien chef de la ligue de jeunesse de l'ANC, Julius Malema, est monté sur la scène pour s'adresser aux mineurs: "Vous ne pouvez compter que sur vous-mêmes, il faut vous lever, ne jamais avoir peur des lâches", a-t-il lancé.

"Les raisons du gouvernement pour ne pas intervenir sont que les bénéfices doivent continuer", a-t-il dit.

Puis, reprenant son rôle favori de meneur de foule en colère: "Nous n'allons pas nous retirer, nous n'allons pas nous rendre jusqu'à ce que umlungu (le Blanc en zoulou, ndlr) nous donne notre argent", a ajouté le jeune homme, exclu de l'ANC (au pouvoir) en avril pour ses provocations récurrente et souvent à connotation raciste.

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