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L'Ethiopie enterre le chef de son Eglise orthodoxe avant les funérailles de Meles

23/08/2012 06:14 EDT | Actualisé 23/10/2012 05:12 EDT

L'Ethiopie, qui a perdu en une semaine deux figures majeures, enterrait jeudi le patriarche de l'Eglise orthodoxe éthiopienne, l'abuna Paulos, en attendant les funérailles du puissant Premier ministre Meles Zenawi, dont la succession est toujours en suspens.

Des milliers de personnes se sont réunies à Addis Abeba pour les obsèques de l'abuna Paulos, décédé la semaine dernière à 76 ans.

Deux à trois milliers de personnes, dont de nombreux prêtres, nones et responsables politiques éthiopiens, ont assisté aux célébrations dans l'Eglise Saint Selassie, dans la capitale de l'Ethiopie. L'extérieur du bâtiment était aussi entouré d'une masse de gens, debout, sous une pluie battante.

L'abuna Paulos était depuis 1992 le plus haut dignitaire de l'Eglise orthodoxe d'Ethiopie. Il était aussi l'un des présidents du Conseil oecuménique des Eglises (COE), organisation qui dit regrouper 349 Eglises chrétiennes de par le monde.

Né en 1935 dans la région septentrionale du Tigré, fils de prêtre, il fut lui-même moine, prêtre puis évêque. Emprisonné en 1976 par le régime militaire du Derg, présidé par Mengistu Haile Mariam, il avait fui aux Etats-Unis à sa libération. Il n'était revenu en Ethiopie qu'en 1991, peu après la conquête du pouvoir par Meles Zenawi à la tête d'une rébellion.

Près des deux-tiers des quelque 84 millions d'Ethiopiens sont chrétiens et la majorité d'entre eux suivent le rite orthodoxe. L'Ethiopie abrite parmi les plus anciens sites chrétiens d'Afrique, notamment un ensemble unique de onze églises monolithes médiévales datant du XIIIe siècle, à Lalibela, dans le nord du pays, qui est classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco.

Avec l'annonce du décès de l'abuna Paulos, suivie cinq jours plus tard par celle de la mort du Premier ministre Meles Zenawi, dont le patriarche était réputé très proche, l'Ethiopie a perdu ces derniers jours deux grandes figures de ces deux dernières décennies. M. Meles dirigeait depuis 1991 l'Ethiopie, où il personnifiait le pouvoir.

Aucun détail n'a encore été donné sur les funérailles du Premier ministre, décédé à 57 ans dans un hôpital de Bruxelles. Très peu d'informations étaient aussi disponibles sur l'organisation de sa succession.

Une session parlementaire était prévue jeudi matin pour investir le vice-Premier ministre, Hailemariam Dasalegn, au poste de Premier ministre. Mais elle a été annulée, officiellement pour permettre aux députés de respecter le deuil national décrété jusqu'aux funérailles.

"Le Parlement demande à pouvoir (observer) le deuil du Premier ministre," a expliqué le porte-parole du gouvernement Bereket Simon, sans donner de nouvelle date pour la session. Elle peut intervenir "à tout moment," a-t-il simplement déclaré.

Selon le gouvernement, il est prévu que M. Hailemariam reste en poste jusqu'en 2015, date théorique des prochaines législatives.

Mais des analystes ont rappelé à quel point M. Meles incarnait le pouvoir et donc à quel point toute succession était compliquée à anticiper. Certains prévoyaient même des luttes de pouvoir et la possibilité que d'autres personnalités soient sur les rangs pour reprendre son poste.

Le Premier ministre éthiopien était malade depuis un an selon Addis Abeba et n'avait plus été vu en public depuis juin.

Jeudi, les médias officiels continuaient de rendre hommage à leur défunt dirigeant. Reporter, un quotidien en amharique, la langue vernaculaire de l'Ethiopie, consacrait encore toute sa Une à une large photo du dirigeant, flanquée d'une sobre légende : "Le Premier ministre Meles Zenawi, 1955-2012".

Mais la vie reprenait tout de même son cours dans les rues de la capitale éthiopienne. Les taxis étaient jeudi remplis d'habitants partant au travail, les magasins de souvenirs rouverts et les cireurs de chaussures de rue assaillis de clients.

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