NOUVELLES

Les proches des mineurs grévistes tués en Afrique du Sud leur rendent hommage

23/08/2012 12:06 EDT | Actualisé 23/10/2012 05:12 EDT

MARIKANA, Afrique du Sud - Un politicien exclu du parti au pouvoir en Afrique du Sud s'est présenté jeudi à la principale cérémonie funèbre organisée en mémoire des 34 mineurs tués par la police à la mine de Marikana, où il a accusé le gouvernement du président Jacob Zuma d'être complice de la mort des mineurs. Des ministres en colère ont quitté la cérémonie en signe de protestation.

Le président Zuma n'a assisté à aucune des cérémonies organisées jeudi. Mais il a convoqué une conférence de presse pour annoncer qu'un ancien juge de la Cour suprême dirigerait une commission d'enquête judiciaire pour faire la lumière sur l'incident.

Il a annoncé que la commission enquêterait sur plusieurs aspects, et notamment sur le rôle de la société minière britannique Lonmin qui possède la mine de platine Marikana, où les violences auraient été déclenchées par une rivalité syndicale.

L'atmosphère solennelle de la cérémonie à la mine a été bouleversée par Julius Malema, qui a été exclu du Congrès national africain (ANC) en avril pour y avoir semé la dissension. Il a été applaudi quand il a reproché au gouvernement de ne pas être intervenu «parce que nos dirigeants sont impliqués dans les mines». Il a déclaré que la fondation du président Zuma et d'autres dirigeants de l'ANC possédaient des parts dans les mines du pays.

«Notre gouvernement est devenu un cochon qui mange ses enfants», a lancé Julius Malema.

Peu avant sa déclaration, des leaders religieux avaient appelé les participants à ne pas se servir de la cérémonie pour faire des gains politiques.

Quelques ministres du gouvernement ont quitté les lieux avant même qu'il ne commence à s'adresser à la foule de quelque 1000 personnes réunies près de la mine de Marikana, à environ 70 kilomètres au nord-ouest de Johannesbourg.

La fusillade de la semaine dernière à la mine est la démonstration de force la plus meurtrière de l'État sud-africain depuis la fin de l'apartheid, en 1994. L'incident a attiré l'attention sur la colère grandissante des Sud-Africains face aux inégalités, à la pauvreté et au chômage.

Ubuntu Akumelisine, proche d'un mineur tué dans la fusillade, ne décolérait pas. «Si c'était moi, je voudrais que toutes les personnes impliquées dans les affrontements, y compris les responsables de la mine, soient arrêtées, toutes, parce que la vie d'une personne ne se monnaie pas», a-t-il déclaré à l'Associated Press.

La soeur d'un autre mineur tué se montrait quant à elle résignée. «Nous avons accepté tout ce qui s'est passé et nous demandons à ce que les morts reposent en paix, il n'y a rien à faire maintenant, ce qui est arrivé est arrivé. Dieu prend ce qu'il veut», a déclaré Mungiswa Mphumza.

Le président de Lonmin, Roger Phillimore, a présenté ses condoléances aux proches des victimes.

«C'est avec une grande tristesse que je me joins à vous pour pleurer la perte d'autant de nos collègues. C'est sans contredit la plus grande perte de l'histoire de cette entreprise», a dit M. Phillimore.

C'était la première fois depuis la fusillade qu'un haut responsable de Lonmin s'adressait aux mineurs et à leurs proches.

Le président Jacob Zuma a décrété une semaine de deuil national en mémoire des victimes de la mine et de toutes les victimes de violences, dans un pays qui affiche les taux de meurtre et de viol parmi les plus élevés au monde.

C'est l'occasion de «porter le deuil et de promouvoir une société sans violence», a-t-il déclaré dans un communiqué.

M. Zuma a par ailleurs exigé que les sociétés minières fournissent des logements décents et des installations sanitaires aux mineurs. Il a dénoncé, sans la nommer, une exploitation où 666 mineurs se partagent quatre toilettes et quatre douches, selon le journal «Star».

Le président a prévenu que ceux qui ne respecteraient pas les conditions de logement prévues par la Charte minière risquaient de perdre leur licence, mais il a refusé de désigner des coupables. «C'est le travail de la commission d'enquête judiciaire», a-t-il dit.

PLUS:pc