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A Alep, une nouvelle brigade rejoint la révolution

23/08/2012 09:10 EDT | Actualisé 23/10/2012 05:12 EDT

Derrière un bureau, entouré d'enfants aux yeux écarquillés, Abou Maryam pourrait passer pour l'instituteur qu'il se destinait à devenir, avant de former sa propre brigade rebelle au sein de l'Armée syrienne libre.

Mais à la place du tableau noir, deux rangs d'aspirants combattants se tiennent derrière lui, portant maladroitement leurs armes. Et le sujet du jour est la création de la brigade Ibn Walid, du nom d'un des premiers héros de l'islam.

Avec sa carrure imposante, sa barbe fournie et l'air de confiance qu'il dégage, Abou Maryam fait plus que ses 32 ans.

Quand il a voulu se joindre à la lutte armée, il a décidé de constituer sa propre brigade.

"Je déteste tuer", assure-t-il. "Notre révolution était pacifique et nous protestions sans armes, mais le régime a transformé cela en guerre et nous devons nous battre".

Plus de 23.000 personnes ont été tuées selon une ONG syrienne depuis le début en mars 2011 du soulèvement contre le président Bachar Al-Assad qui s'est militarisé à mesure que le régime intensifiait sa répression.

"J'ai mes idées sur la façon dont nous devons combattre l'armée et le régime", affirme-t-il.

"Nous ne voulons pas les tuer, ce sont des Syriens comme nous. Nous devons essayer de les arrêter et de les convaincre de faire défection", dit-il, élaborant un code moral pour les combattants sous ses ordres.

En sirotant son thé, il critique les rebelles accusés d'avoir torturé leurs prisonniers.

"Ils agissent comme l'armée agit avec nous. J'ai dit à mes combattants que nous devons montrer au monde entier que l'ASL traite bien ses prisonniers, conformément aux conventions internationales", dit-il.

Constituer une unité de combattants n'est pas chose aisée et Abou Maryam a passé de longues journées à établir la coordination avec la brigade Al-Tawhid, qui supervise la plupart des activités des rebelles à Alep, la grande ville du Nord.

Il a acheté des armes, a commandé des uniformes et rempli les formulaires de la brigade al-Tawhid, précisant la date de naissance, le statut conjugal et le groupe sanguin de chacun de ses combattants.

Abou Maryam a recruté plusieurs dizaines de volontaires qui ont suivi un entraînement militaire mais aussi des cours de religion et sur le traitement des prisonniers, donnés par cheikh Zakaria, le guide spirituel de la brigade.

Installés dans un théâtre, ses hommes ont tiré les rideaux en velours rouge et discutent du meilleur moyen d'accrocher le drapeau de la rébellion sur un fond noir, avant de filmer la vidéo qui sera en mise en ligne sur plusieurs sites rebelles.

"Ceux qui ne veulent pas apparaître, donnez vos vestes militaires à ceux qui souhaitent être filmés", crie Mahmoud, en charge de la communication au sein du groupe.

Des 22 membres de la brigade présents, seuls neuf seront sur la vidéo aux côtés d'Abou Maryam.

"Je ne veux pas qu'on voie mon visage. Je n'ai pas peur, mais ma famille pourrait être visée", explique Abou Fida, un étudiant en pharmacie de 23 ans qui aide ses camarades à nouer leur keffieh.

"Devons-nous avoir tous les fusils pointés dans la même direction?", demande Mahmoud, qui filme, à Abou Maryam qui opine.

Avec la précision d'un instituteur organisant la photo de classe de ses élèves, Mahmoud arrange la position du fusil d'un combattant, et place les recrues en deux rangs.

Le silence s'installe dans la salle et le tournage commence: Abou Maryam récite une prière et annonce la formation de la brigade, chargée selon lui de combattre l'injustice et de défendre la liberté.

"Allah Akbar" (Dieu est le plus grand) scandent les combattants, en brandissant leurs maigres armes --dix Kalachnikovs pour le moment.

Abou Maryam effectue ensuite un tirage au soir pour déterminer quels hommes iront se battre en premier.

Chamseddine, qui affirme avoir 19 ans mais n'a pas un soupçon de barbe, le supplie de l'envoyer dans le premier groupe qui se rend à Alep le soir même.

"Cela dépend du tirage au sort", lui répond avec un sourire son chef.

Alors que le groupe se prépare à partir, Abou Maryam évoque son enfance.

"Je n'ai jamais connu mon père. J'étais encore dans le ventre de ma mère lorsqu'il a été arrêté et a disparu en 1980. J'ai essayé d'en savoir plus sur son sort quand la révolution a commencé, mais je n'ai rien trouvé et je crois qu'il est mort", dit-il.

"Je continue sa révolution et si je meurs en martyr, mes fils poursuivront le même chemin si Dieu le veut".

sah-at/sbh

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