OTTAWA - Un journaliste canadien dit avoir quitté l'agence de presse chinoise Xinhua parce que ses employeurs voulaient qu'il espionne le dalaï-lama lors de son plus récent passage à Ottawa.

Le chef de bureau de Xinhua dans la capitale fédérale, Dacheng Zhang, nie cette allégation et affirme qu'elle est issue d'une idéologie remontant à la «Guerre froide».

Le reporter indépendant Mark Bourrie a présenté son point de vue contre Xinhua dans un article à paraître cette semaine dans le Ottawa Magazine, ainsi que lors d'une entrevue accordée à La Presse Canadienne. L'affaire alimentera sans doute le vieux débat selon lequel Xinhua serait en fait une agence d'espionnage du gouvernement chinois déguisée en média d'information.

M. Bourrie a révélé qu'il avait démissionné de Xinhua en avril après avoir travaillé pendant deux ans pour son bureau d'Ottawa parce que M. Zhang lui avait demandé d'utiliser ses privilèges de journaliste parlementaire pour assister à la dernière conférence de presse du dalaï-lama et remettre ensuite tout son matériel sans écrire d'article.

Selon le reporter de 55 ans, l'agence chinoise a accumulé des heures de vidéo et beaucoup d'information au sujet de la visite du chef spirituel tibétain dans la capitale canadienne les 27 et 28 avril même si elle n'était pas intéressée à publier des textes sur celui que Pékin considère comme un ennemi.

Dacheng Zhang, qui accompagne présentement le premier ministre Stephen Harper dans le cadre de sa tournée annuelle dans le Nord, a démenti mercredi les déclarations de Mark Bourrie. En entrevue avec La Presse Canadienne, M. Zhang a soutenu que le mandat de son bureau était de couvrir les nouvelles et de fournir l'information à la salle de rédaction de l'agence qui décidait ensuite de ce qui allait être publié.

Pour M. Bourrie, l'accès de Xinhua au Parlement et à d'autres événements à Ottawa devrait être réévalué par la tribune de la presse parlementaire parce qu'il est utilisé pour recueillir des renseignements pour un gouvernement étranger et pas seulement pour des raisons journalistiques.

«La question ici est quel accès sommes-nous prêts à donner à des gens qui sont à la fois des journalistes et des agents du gouvernement chinois à Ottawa, a-t-il indiqué lors d'un entretien avec La Presse Canadienne. Lorsque l'épisode du dalaï-lama est survenu, c'était évident qu'ils n'étaient plus des reporters mais des agents de Pékin.»

Le président de la tribune de la presse parlementaire, Chris Rands, a assuré qu'il était au courant du différend entre Mark Bourrie et Dacheng Zhang.

«La direction a demandé aux deux camps de venir lui expliquer leur point de vue. M. Bourrie a répondu qu'il ne rencontrerait pas la direction avant qu'il ait pu publier son article, a déclaré M. Rands. D'après ce que j'ai compris, l'article sera publié cette semaine. Le conseil espère entendre la version de chacun sous peu.»

Mark Bourrie, un journaliste d'expérience ayant publié plusieurs livres, a raconté que Xinhua l'avait approché en 2009 parce qu'elle voulait élargir sa couverture au Canada et concurrencer les autres agences de presse.

Durant ses deux années au sein de Xinhua, M. Bourrie a surtout couvert des sujets politiques. Il a toutefois dit avoir refusé quelques demandes surprenantes de la part de son patron, dont celle de retrouver les noms et les adresses des gens ayant manifesté contre la venue du premier ministre chinois Hu Jintao à Ottawa en 2010.

Une autre affirmation réfutée par M. Zhang, qui a insisté sur le fait que personne n'avait demandé à Mark Bourrie de faire semblant d'être reporter et de travailler pour un gouvernement étranger.

Dirigée par Pékin, Xinhua a été créée par le Parti communiste chinois dans les années 1930 afin de diffuser la propagande révolutionnaire. Elle s'est depuis muée en véritable empire médiatique international, mais a souvent été soupçonnée par les pays occidentaux d'avoir des liens avec le service de renseignement chinois.