NOUVELLES

Un affrontement entre éleveurs et agriculteurs fait 48 morts au Kenya

22/08/2012 09:26 EDT | Actualisé 22/10/2012 05:12 EDT

MOMBASA, Kenya - Des centaines de fermiers ont attaqué un village du sud-est du Kenya et ont tué au moins 48 personnes mercredi, dans ce qui constitue une escalade des affrontements entre éleveurs et agriculteurs de la région, a annoncé un responsable.

Certaines personnes sont mortes brûlées dans leur maison, tandis que d'autres ont été battues à mort ou tuées avec des flèches et des couteaux, a déclaré le chef de la police dans la région du fleuve Tana, Joseph Kavoo.

La majorité des personnes tuées sont des femmes et des enfants, selon un résidant, Said Mgeni. Il a expliqué que l'attaque avait commencé mercredi au lever du soleil, quand environ 200 personnes de l'ethnie Pokomo sont arrivées dans le village de la zone de Riketa, où elles ont brûlé toutes les maisons appartenant aux membres de l'ethnie Orma, une communauté d'éleveurs.

Trois hommes et une femme de l'ethnie Orma, qui ont été blessés à la tête, à l'abdomen et aux mains, ont déclaré que certains assaillants étaient munis d'armes à feu. Ces quatre personnes ont été conduites à l'hôpital du district de Malindi.

Ali Algi, qui a été blessé à la tête et s'est fracturé la main, a raconté que le village avait été attaqué par des centaines d'hommes.

«La plupart des villageois dormaient et d'autres venaient de se réveiller quand les hommes sont arrivés dans notre village vers 7 h du matin en scandant "Tuez-les! Tuez-les!". Ils ont tiré sur plusieurs personnes et en ont attaqué d'autres avec des couteaux. J'ai reçu une balle dans la main droite et ensuite ils m'ont frappé à la tête avec un couteau», a déclaré le villageois. «Ils m'ont laissé parce qu'ils pensaient que j'étais mort. J'étais inconscient et c'est ainsi que j'ai survécu.»

Ali Algi a déclaré avoir vu des hommes, des femmes et des enfants se faire tirer dans la tête, puis décapiter. D'autres villageois ont été enfermés dans leur maison et les assaillants y ont mis le feu.

«J'ai été témoin de toute cette scène atroce. Ils nous ont tiré dessus et attaqués avec des couteaux pour être sûrs que nous étions totalement morts», a affirmé M. Algi.

D'après Said Mgeni, il s'agissait d'un acte de représailles après les incidents de la semaine dernière, quand des Pokomo ont protesté contre les Orma qui faisaient paître leur bétail sur leurs terres. Les agriculteurs ont attaqué les éleveurs et ont blessé des centaines de bêtes.

Les Orma se sont ensuite vengés en tuant deux membres de l'ethnie Pokomo, selon le chef de la police, Joseph Kavoo. Les deux ethnies ont toujours été rivales, mais elles tentent généralement de se réconcilier en organisant des rencontres entre les chefs des deux camps, a expliqué M. Kavoo.

Un membre du Parlement qui représente une circonscription du district, Dhado Godana, a expliqué que les forces de l'ordre n'avaient pas pu intervenir à temps parce que la région est très isolée.

«Nous avons déjà prévu de nous rencontrer et de résoudre cette question, parce que cette région est sujette aux conflits et la même chose pourrait se reproduire ailleurs dans les régions environnantes», a dit M. Godana.

Un témoin de l'incident, Mahmud Mohamed, a affirmé que le conflit n'avait rien à voir avec le partage des terres, mais plutôt avec la politique.

«Peu importe ce que les gens disent sur les pâturages, ce n'est pas vrai. Ces conflits existent depuis 10 ans. (...) Nous pensons que le gouvernement est biaisé et nous savons que cette question ne peut être résolue par la police parce que nous rapportons toujours les incidents et les autorités ne font rien», a-t-il dit.

PLUS:pc