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Tristesse et interrogations à Addis Abeba au lendemain du décès de Meles Zenawi

22/08/2012 08:44 EDT | Actualisé 22/10/2012 05:12 EDT

La capitale éthiopienne était en deuil mercredi après la mort en Belgique du Premier ministre éthiopien Meles Zenawi, dont le corps a été ramené tard la veille à Addis Abeba, alors que la question de la succession restait entière.

Si pour l'heure le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Hailemariam Desalegn, 47 ans, assure l'intérim, conformément à l'article 75 de la Constitution prévoyant qu'il "agit au nom du Premier ministre en son absence", aucune précision n'a été donnée sur la succession de Meles Zenawi, qui personnifiait le pouvoir éthiopien depuis plus de vingt ans.

Une session extraordinaire du Parlement a été convoquée jeudi matin, au cours de laquelle le vice-Premier ministre devrait prêter serment. Aucune détail n'a été donné sur la durée de cet intérim et sur l'éventuelle élection d'un nouveau Premier ministre.

L'article 72 de la Constitution stipule que celui-ci est élu parmi les députés de la Chambre du Peuple, pour un mandat correspondant à la durée de celui de la Chambre. Mais la Constitution est muette sur les cas d'empêchement et de vacance, laissant ouvertes toutes les spéculations.

"On est dans un régime extrêmement personnalisé, où il n'existe aucun système de succession. Ce qui est sur le papier est totalement théorique. La réalité du pouvoir est totalement entre les mains du Premier ministre", soulignait récemment, avant le décès de Meles, un spécialiste de la région sous le couvert de l'anonymat.

Durant la nuit, de nombreux habitants de la capitale ont veillé dans la rue, portant des bougies et des portraits de celui qui était l'homme fort de l'Ethiopie et l'incarnation quasi-unique du pouvoir depuis 1991.

Une longue procession a suivi le cortège funèbre ayant transporté le cercueil de l'aéroport au Palais national, la résidence officielle du Premier ministre à Addis, où il restera jusqu'aux funérailles.

Aucune date n'a été fixée pour ces funérailles et aucun détail révélé sur leur organisation. Un deuil national a été décrété d'ici là.

Bien qu'aucune veillée officielle n'ait été annoncée, plusieurs centaines de personnes, vieilles femmes et jeunes couples en pleurs, ont convergé mercredi matin vers le Palais national, a constaté un journaliste de l'AFP.

Ils ont été autorisés à pénétrer dans l'enceinte du complexe, dont la presse était exclue.

Les minibus de transport collectif roulaient en ville ornés de crêpes noirs et de photos du Premier ministre, décédé à 57 ans, dans un hôpital de Bruxelles d'une maladie non précisée.

"L'Ethiopie a perdu son immense chef", titrait le quotidien en amharique Addis Zemen, alors que dans les cafés et les commerces de la ville, radios et télévisions couvrent à plein volume le décès du Premier ministre.

Sur les écrans, passaient en boucle les images nocturnes de l'arrivée du corps et de la longue procession dans les rues d'Addis, entrecoupant des flashs d'information exclusivement consacrés au décès.

Les habitants interrogé mercredi exprimaient tous de la tristesse, même ceux admettant que Meles, considéré à l'étranger à la fois comme un visionnaire et comme un autocrate, laisserait des souvenirs contrastés.

Pour Mukemil Elias, commerçant de 32 ans, le dirigeant a durant ses 20 ans de pouvoir considérablement amélioré les infrastructures du pays, surtout les routes et les écoles. Mais il reconnait que son bilan en matière de droits de l'homme est moins reluisant.

"Nous (Ethiopiens) nous nous querellons souvent" à propos de Meles Zenawi, admet-il, "nous ne sommes pas tous d'accord".

Lui-même se dit "triste, parce qu'il a fait beaucoup pour le pays, il avait de grands projets et n'a pu les mener à bien car il est mort trop jeune", explique-t-il.

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