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Tristesse dans les rues d'Addis Abeba au lendemain du décès de Meles Zenawi

22/08/2012 12:05 EDT | Actualisé 22/10/2012 05:12 EDT

La capitale éthiopienne, empreinte de tristesse, était en deuil mercredi après la mort en Belgique du Premier ministre éthiopien Meles Zenawi, dont le corps a été ramené tard la veille à Addis Abeba, alors que la succession du dirigeant défunt continue de susciter de nombreuses questions.

Si pour l'heure le vice-Premier ministre Hailemariam Desalegn, 47 ans, assure l'intérim, conformément à l'article 75 de la constitution prévoyant qu'il "agit au nom du Premier ministre en son absence", très peu d'informations ont été données sur le processus de succession de Meles Zenawi, qui personnifiait le pouvoir éthiopien.

Une session extraordinaire du Parlement avait initialement été convoquée jeudi matin, au cours de laquelle le vice-Premier ministre devait vraisemblablement prêter serment. La session a été annulée, a annoncé le service de communication du gouvernement, sans en donner la raison ni annoncer de nouvelle date. Le gouvernement avait annoncé mardi que le Parlement devrait être convoqué "dès que possible" pour permettre à M. Hailemariam de prêter serment.

Selon les médias officiels éthiopiens, il est prévu que celui-ci reste en poste jusqu'en 2015, date théorique des prochaines législatives. Mais des analystes évoquent la possibilité que d'autres personnalités soient déjà sur les rangs pour occuper le poste.

L'article 72 de la constitution stipule que le Premier ministre doit être élu parmi les députés de la Chambre du Peuple, pour un mandat correspondant à la durée de celui de la Chambre. Mais la constitution est muette sur les cas d'empêchement et de vacance, laissant ouvertes toutes les spéculations.

"On est dans un régime extrêmement personnalisé, où il n'existe aucun système de succession. Ce qui est sur le papier est totalement théorique. La réalité du pouvoir est totalement entre les mains du Premier ministre", soulignait récemment, avant le décès de Meles, un spécialiste de la région sous le couvert de l'anonymat.

Durant la nuit, de nombreux habitants de la capitale ont veillé dans la rue, portant des bougies et des portraits de celui qui était l'homme fort de l'Ethiopie et l'incarnation quasi-unique du pouvoir depuis plus de 20 ans.

Et une longue procession a suivi le cortège funèbre ayant transporté le cercueil de Meles de l'aéroport au Palais national, la résidence officielle du Premier ministre à Addis Abeba, où il restera jusqu'aux funérailles.

Aucune date n'a été fixée pour ces funérailles. Un deuil national a été décrété d'ici là.

Bien qu'aucune veillée officielle n'ait été annoncée, des centaines de personnes, vieilles femmes et jeunes couples en pleurs, ont convergé mercredi matin vers le Palais national, a constaté un journaliste de l'AFP.

Ils ont été autorisés à pénétrer dans l'enceinte du complexe, dont la presse était exclue.

Les minibus de transport collectif roulaient en ville ornés de crêpes noirs et de photos du Premier ministre, décédé à 57 ans dans un hôpital de Bruxelles, d'une maladie non précisée.

"L'Ethiopie a perdu son immense chef", titrait le quotidien en amharique Addis Zemen, alors que dans les cafés et les commerces de la ville, radios et télévisions couvraient à plein volume le décès du Premier ministre.

Sur les écrans, passaient en boucle les images nocturnes de l'arrivée du corps et de la longue procession dans les rues d'Addis, entrecoupant des flashs d'information exclusivement consacrés au décès.

Les habitants d'Addis interrogés mercredi exprimaient tous de la tristesse, même ceux admettant que Meles, considéré à l'étranger à la fois comme un visionnaire et comme un autocrate, laisserait des souvenirs contrastés.

Pour Mukemil Elias, commerçant de 32 ans, le dirigeant a durant ses 20 ans de pouvoir considérablement amélioré les infrastructures du pays, surtout les routes et les écoles dit-il, tout en reconnaissant que son bilan en matière de droits de l'Homme est moins reluisant.

"Nous (Ethiopiens) nous nous querellons souvent" à propos de Meles Zenawi, admet-il, "nous sommes pas tous d'accord".

Lui même se dit "triste, parce qu'il a fait beaucoup pour le pays, il avait de grands projets et n'a pu les mener à bien car il est mort trop jeune", explique-t-il.

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