CHÂTEAUGUAY, Qc - Les médecins de famille ne s'opposeront pas à augmenter la cadence et à prendre en charge un minimum de 1000 patients chacun, soutient Gaétan Barrette. Car même le président de leur fédération est d'accord, bien qu'il n'ose le dire tout haut, a affirmé le candidat caquiste.

Voilà la raison donnée par M. Barrette pour expliquer pourquoi il n'anticipe que peu de résistance à la réforme médicale proposée par la Coalition avenir Québec (CAQ), tel qu'expliqué en point de presse mercredi à Châteauguay.

Mais le docteur Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), a aussitôt démenti la version de M. Barrette, même s'il s'est dit en accord avec certaines propositions de la CAQ.

La formation de François Legault est attaquée par ses adversaires politiques mais aussi par le milieu médical qui qualifie d'irréaliste sa promesse-clé «d'un médecin de famille pour chaque Québécois d'ici un an». Pour la concrétiser, la CAQ veut augmenter à au moins 1000 le nombre de patients sous la responsabilité de chaque omnipraticien.

Le docteur Barrette assure qu'il pourra mettre en oeuvre cet engagement. Il maintient qu'il n'y a pas de réelle résistance et que le milieu médical est mûr pour un tel changement.

Mais confronté à l'opinion exprimée par le président de la FMOQ, le candidat caquiste a répliqué que celui-ci tient un double discours.

En public, Louis Godin maintient une position plus «forte» et fait valoir les arguments de sa fédération, explique M. Barrette. Mais en privé, la donne est différente.

«Docteur Godin ne peut pas vous dire en personne que ce que je propose a de l'allure. C'est normal, c'est la négociation», a dit le docteur Barrette, qui ne craint pas de se mettre le président de la fédération des omnipraticiens à dos, tellement il est sûr de son appui.

«Mais tous les médecins, incluant le docteur Godin, au téléphone vont dire 'oui c'est vrai, si on a plus de ressources, on va pouvoir produire plus'», a-t-il déclaré en point de presse.

«Mais il n'en reste pas moins qu'en privé, ce qu'on propose, c'est un rêve éveillé. Si ça arrive, c'est un rêve inespéré pour lui.

«Il est d'accord avec tout ce que je propose», a-t-il ensuite précisé lors d'un échange privé, indiquant avoir eu lui-même cette conversation avec son collègue médecin.

«Parlez-lui, coincez-le», a-t-il même suggéré pour indiquer qu'il disait vrai.

Faux, a rétorqué le docteur Godin le jour même.

«Je dis les mêmes choses en privé que je dis en public», a-t-il dit d'un ton posé, même légèrement amusé.

Il se dit d'accord avec toutes les propositions de la CAQ qui visent à donner plus de soutien aux omnipraticiens, plus d'infirmières et plus d'accès aux plateaux techniques.

Mais pas à l'imposition à l'aveugle de 1000 à 1600 patients à chaque médecin. Chaque pratique médicale est différente, plaide-t-il. Ceux qui s'occupent de personnes âgées ou de certaines clientèles plus vulnérables ne peuvent voir autant de patients, a expliqué M. Godin en entrevue.

«Je ne veux pas arriver dans une situation mur à mur», a-t-il dénoncé.

M. Godin maintient toutefois, comme il l'a maintes fois répété, qu'il manque 1100 médecins de famille au Québec pour combler les besoins.

Avec plus de ressources, on va pouvoir produire plus, c'est évident, a-t-il affirmé. Mais pas au niveau suggéré par le docteur Barrette. Et si les demandes sont irréalistes, «il va y avoir beaucoup de résistance», a-t-il averti.

Hésitant, Louis Godin dit ne pas croire que le docteur Barrette lui a enlevé son pouvoir de négociation, ni sa crédibilité auprès des membres qu'il représente.

«Tout le monde est au courant de mes positions. Je n'ai pas changé», a-t-il dit.

Quant aux possibles manoeuvres auxquelles se livre le docteur Barrette, il n'a pas voulu commenter. «Moi je ne suis pas en campagne électorale», s'est-il borné à dire.

Promesse garantie?

Gaétan Barrette se dit convaincu de pouvoir concrétiser cette promesse électorale. Mais pas au point de mettre son siège en jeu.

Il a refusé mercredi de confirmer qu'il démissionnerait de son futur — et encore hypothétique — poste de ministre de la Santé s'il devait échouer.

«Je vais livrer la marchandise», a-t-il martelé.

«Si je ne livre pas la marchandise, serait-il raisonnable qu'on se pose la question pourquoi?», avance-t-il, soulignant que si un météorite frappe le Québec ou s'il y a une crise écologique, son objectif pourrait être compromis.

«Mais vous me demandez de prendre une décision maintenant, pour dans un an, sur un exercice dont on ne sait pas comment il va se terminer. Je pense qu'il va se terminer favorablement. Et vous voulez que je m'engage à démissionner? Cela ne fonctionne pas comme cela, la politique», a-t-il tranché.

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