NOUVELLES

La proposition de négociations de Damas arrive trop tard

22/08/2012 06:57 EDT | Actualisé 22/10/2012 05:12 EDT

La proposition de négociations, qui pourrait inclure le départ de Bachar al-Assad, lancée à Moscou par un ministre syrien, n'a quasiment aucune chance d'aboutir face à la violence du conflit qui déchire le pays, selon des experts et l'opposition.

"C'est une nouvelle manoeuvre dilatoire (...) le régime a fait le choix de la solution militaire et n'en sortira pas, jusqu'à sa chute. Quant à la Russie, elle n'a jamais été sérieusement intéressée par une sortie en douceur", affirme Thomas Pierret.

Pour ce maître de conférence au département des études islamiques et du Moyen-Orient de l'Université d'Edimbourg, en Ecosse, "la Russie a d'abord appuyé la solution militaire en pensant qu'elle réussirait, comme en Tchétchénie, puis quand elle s'est rendue compte de son erreur, il était trop tard, le régime était condamné".

Interrogé mardi sur un départ du pouvoir de M. Assad lors d'une conférence de presse, après un entretien avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, le vice-Premier ministre et ministre du Commerce syrien Qadri Jamil, a dit que "pendant le processus de négociations, rien n'empêche d'étudier toutes les questions et nous sommes prêts à examiner même cette question".

Il avait toutefois estimé que poser "la démission (de M. Assad) comme condition pour ouvrir un dialogue signifie qu'il est impossible d'ouvrir le dialogue". L'opposition exclut tout dialogue avant le départ de M. Assad, dont la famille gouverne depuis plus de quatre décennies.

Selon des sources politiques à Damas, M. Jamil a discuté à Moscou d'un projet d'organiser une élection présidentielle anticipée avec la participation de tous les candidats qui le souhaitent, y compris Bachar al-Assad, sous une supervision internationale. Mais cette candidature est refusée par les Etats-Unis, les Européens et plusieurs pays arabes.

"Le régime ne peut organiser de telles élections car le résultat serait une humiliation pour Assad, une véritable exécution politique. On on ne peut pas espérer faire un résultat électoral décent après avoir détruit la quasi-totalité des villes du pays", explique l'auteur de "Baas et Islam en Syrie. La dynastie Assad face aux oulémas".

"En outre, l'organisation d'élections supposerait que le régime contrôle l'essentiel du territoire national, ce qui n'est plus le cas", a ajouté Thomas Pierret.

Ce sentiment est partagé par Rime Allaf, une autre experte de la Syrie. "Qadri Jamil s'est soit trompé, soit il s'agit d'un exercice de propagande pour montrer que le régime veut sauver le pays, et tout cela pour gagner du temps", estime cette chercheuse à Chatham House de Londres.

"La ligne du régime a toujours été d'affirmer que nous voulons le dialogue mais Assad est intouchable. De toutes façons, c'est trop tard, il ne peut plus y avoir de dialogue avec tous ces massacres", souligne Mme Allaf.

Pour les responsables de l'opposition, aussi, il s'agit d'une manoeuvre dilatoire. "Chaque fois que le régime veut gagner du temps, il appelle au dialogue mais il ne pense pas un seul instant mettre un terme à la guerre contre son peuple", a indiqué à l'AFP Bourhane Ghalioun, l'ancien chef du Conseil national syrien, la plus importante coalition de l'opposition à Bachar al-Assad.

"Si le régime était sérieux dans sa proposition de dialogue, il arrêterait la guerre. Toute cela ne vise qu'à duper l'opinion publique internationale en faisant croire qu'une réforme est possible, mais dans la réalité, l'armée continue à bombarder les villes syriennes et à commettre des massacres", dit-il.

"Sur le terrain, il n'y a plus de retour en arrière pour l'opposition", a-t-ils souligné, en raillant l'éventualité d'une élection présidentielle pluraliste anticipée.

Pour les Comités locaux de coordination (LCC), qui animent la protestation sur le terrain "la proposition du régime d'élections anticipées, alors que des centaines de milliers de Syriens sont déplacés, qu'il y a des milliers de morts et de blessés qui ne peuvent être soignés dans les hôpitaux, est tout simplement insultante".

"Nous n'avons aucune confiance dans ce régime. Il faut que ce régime et ses représentants s'en aillent. C'est le minimum que l'opposition puisse demander avec tous les morts sur le terrain", estime son porte-parole Omar Idelbi.

ser-sk/hj

PLUS:afp