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«Les infidèles»: Dujardin et Lellouche, héritiers de Bertrand Blier

21/08/2012 11:52 EDT | Actualisé 21/10/2012 05:12 EDT

PARIS - Quand Jean Dujardin et Gilles Lellouche jouent dans la cour de Bertrand Blier, ça décape. Dans «Les infidèles» (sortie en salle vendredi), deux des acteurs les plus en vue du cinéma français se lancent dans un cinéma transgressif où ils incarnent plusieurs personnages trompant — ou essayant de tromper — allègrement leurs épouses, à travers différents sketches où le ton de la comédie domine souvent, mais où la noirceur est également parfois de mise.

Pour évoquer l'infidélité masculine sous différents angles, les deux hommes ont fait appel à plusieurs cinéastes: Emmanuelle Bercot, Fred Cavayé, Alexandre Courtès, Michel Hazanavicius et Eric Lartigau. Et ils ont réalisé eux-mêmes le dernier sketch, qui se passe à Las Vegas.

C'est Fred Cavayé qui ouvre le bal avec une séquence intitulée «Le prologue», au début de laquelle Greg (Gilles Lellouche) est expulsé de chez lui par Stéphanie (Géraldine Nakache), qui lui reproche ses infidélités. Commence alors une virée en boîte de nuit avec son copain Fred (Jean Dujardin) qui va révéler la lourdeur des deux personnages.

Dans le sketch réalisé par Michel Hazanavicius, Laurent (Jean Dujardin) participe à un séminaire de travail au cours duquel il va tout faire pour essayer de tromper sa femme, au risque de se retrouver dans des situations pathétiques...

Eric Lartigau, dans «Lolita», évoque pour sa part la relation tumultueuse entre un père de famille, Eric (Gilles Lellouche), et une jeune étudiante (Clara Ponsot) qui va lui en faire voir de toutes les couleurs. Dans «La question», Emmanuelle Bercot met en scène une dispute entre un couple (Jean Dujardin et Alexandra Lamy) sur la question de l'infidélité.

Enfin, Alexandre Courtès (qui réalise aussi quelques courtes séances «pastilles» dans le film) signe le sketch le plus drôle avec les «infidèles anonymes» (très éloigné des «Émotifs anonymes» de Jean-Pierre Améris, avec Benoît Poelvoorde et Isabelle Carré) dans lequel on retrouve des personnages incarnés par Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Guillaume Canet (avec une coupe de cheveux improbable) et Manu Payet tenter de changer de comportement en suivant les conseils d'une thérapeute jouée par Sandrine Kiberlain.

Jean Dujardin, qui a eu l'idée d'un tel film, explique que le thème lui est venu après avoir «entendu l'histoire d'un homme qui, pour tromper sa femme, allait au cinéma, achetait un ticket et coupait son téléphone avant d'aller batifoler». «Lorsqu'il rentrait et que sa femme lui demandait pourquoi il n'était pas joignable sur son portable, il sortait son ticket en guise de preuve», raconte-t-il. Puis, en voyant un DVD de «The Departed» de Martin Scorsese (traduit par «Les infiltrés en France), Jean Dujardin dit avoir lu par erreur «Les infidèles», ce qui lui a donné l'idée du titre.

Il en a ensuite parlé à Gilles Lellouche, qui a été tout de suite séduit par le projet. «Nous avions la nostalgie d'une liberté irrévérencieuse comme celle que l'on trouve dans les films de Blier ou dans les comédies italiennes avec par exemple 'Les monstres' - le film à sketches de Dino Risi avec Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi», raconte Gilles Lellouche.

Jean Dujardin, auréolé par les nombreux prix qu'il a récoltés pour son interprétation dans «The Artist» («L'artiste»), casse son image dans ce film qui a déjà provoqué un petit scandale. Certaines affiches, notamment celle où on le voit de face en train de tenir les jambes écartées d'une femme qui a la tête en bas, ont en effet été retirées au motif qu'elles présentaient une image dégradante de la femme. Cette affiche risquait aussi de nuire à l'image de l'acteur français dans sa course pour l'Oscar du meilleur acteur.

Les sketches sont assez inégaux, avec un esprit potache pas toujours du meilleur goût, mais le film est plutôt convaincant, souvent d'une noirceur grinçante, avec des hommes au comportement à la fois drôle, tragique et pathétique. Les dialogues sont percutants et sonnent plus ou moins juste. Mais l'ensemble, cohérent, se regarde avec une certaine délectation, emmené par d'excellents acteurs qui se sont manifestement bien amusés.

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