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L'Afrique et le monde saluent le rôle "stratégique" de Meles sur le continent

21/08/2012 08:28 EDT | Actualisé 21/10/2012 05:12 EDT

De nombreux dirigeants mondiaux, dont le président américains Barack Obama, ont salué mardi le rôle stratégique joué en Afrique par le Premier ministre Meles Zenawi, décédé après plus de 20 ans à la tête de l'Ethiopie, plusieurs ONG rappelant toutefois l'héritage répressif qu'il laisse derrière lui en matière de droits humains.

Sa mort, dans la nuit de lundi à mardi à Bruxelles, laisse un vide important dans la région et en Afrique, l'Ethiopie étant une puissance régionale dans une Corne de l'Afrique extrêmement volatile et Addis Abeba abritant le siège de l'Union africaine (UA).

M. Obama a exprimé sa "tristesse" après le décès de M. Meles et son "admiration" pour sa politique de lutte contre la pauvreté, évoquant "sa contribution de longue date au développement de l'Ethiopie, en particulier son engagement sans faille en faveur des pauvres".

La Commission de l'UA, par la voix de son président sortant, Jean Ping, a salué "la contribution, de l'Ethiopie, sous le gouvernement du Premier ministre Meles Zenawi, à la promotion de la paix et de la sécurité" du continent, rappelant la participation d'Addis Abeba à des missions de maintien de la paix au Burundi, au Liberia et dans la région d'Abyei, disputée entre le Soudan et le Soudan du Sud.

Le président kényan, Mwai Kibaki, a qualifié de "perte bouleversante" le décès de M. Meles, saluant un dirigeant "pragmatique et visionnaire qui a permis de stabiliser son pays et de le placer sur la voie de la croissance économique", rappelant ses "compétences de négociateur".

Le Premier ministre kényan, Raila Odinga, a indiqué à la BBC craindre pour la stabilité de l'Ethiopie, où selon lui la violence ethnique menace, après la disparition de son homme fort.

Le ministre sud-soudanais de l'Information, Barnaba Marial Benjamin, a rendu hommage au rôle stratégique de M. Meles, "un grand dirigeant", dans les relations entre Juba et Khartoum, après la sécession soudanaise à l'issue de décennies de guerres civiles.

Khartoum a de son côté estimé que "le continent africain avait perdu un sage dirigeant qui a joué un rôle important pour soutenir les efforts en faveur de la paix et de la stabilité sur le continent", notamment en accueillant les négociations entre Soudan et Soudan du Sud pendant plus d'un an.

Pour l'Ouganda, la mort de M. Meles "est une importante perte pour l'ensemble de l'Afrique". Le ministre ougandais à la Coopération régionale, Asuman Kiyingi, a rappelé que M. Meles avait renvoyé en novembre des troupes en Somalie pour soutenir la force de l'UA (Amisom) qui y combat les insurgés islamistes shebab et dont Kampala est le principal contributeur.

Ces derniers ont été les seuls à se réjouir publiquement du décès de M. Meles, qui a par deux fois envoyé l'armée éthiopienne les combattre en Somalie, où elle les affronte toujours. "La mort de Meles est une nouvelle réjouissante pour les Somaliens, nous espérons qu'Allah le punira pour ce qu'il a fait à notre peuple", a déclaré le porte-parole des shebab, Ali Mohamud Rage.

Le président Sud-Africain Jacob Zuma a également fait l'éloge du disparu: "L'Afrique du Sud a toujours considéré l'Ethiopie comme un Etat pilier et un pays moteur dans la région de la Corne d'Afrique. Il a souhaité que le vice-Premier ministre Hailemariam Desalegn, qui va assurer l'intérim du pouvoir, "continue à maintenir la stabilité et la paix dans la région".

A New York, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a estimé que Meles Zenawi était un "défenseur exceptionnel de la cause africaine".

A Bruxelles, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a salué un "dirigeant africain respecté" qui "a fait preuve d'un grand engagement personnel pendant de nombreuses années pour améliorer la vie, non seulement des Ethiopiens, mais de tous les peuples africains".

A Paris, le président François Hollande a souligné l'"engagement (de M. Meles) au service de l'Afrique et de son développement et sa contribution aux efforts diplomatiques pour faire progresser la paix dans la Corne de l'Afrique".

A Londres, le Premier ministre David Cameron a évoqué la disparition d'un dirigeant qui "fut un "porte-parole éloquent de l'Afrique sur les questions mondiales et qui fournit un leadership et une vision pour la Somalie et le Soudan".

Bémols dans ce concert de louanges, Human Rights Watch (HRW), Amnesty et Reporters sans frontières (RSF) ont rappelé l'héritage répressif laissé par M. Meles en matière des droits de l'Homme.

"Son gouvernement a étouffé les voix dissidentes, démantelé les médias indépendants, fait obstruction (au travail) des organisations de défense des droits de l'homme et muselé l'opposition politique", rappelle notamment Amnesty International. "Sous Meles, la liberté d'information a subi bien des revers," souligne Reporters sans frontières.

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