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La ministre sud-africaine de la Défense s'excuse auprès des mineurs de Marikana

21/08/2012 05:05 EDT | Actualisé 20/10/2012 05:12 EDT

MARIKANA, Afrique du Sud - La ministre sud-africaine de la Défense s'est excusée mardi auprès des mineurs en grève de Marikana, après que 34 d'entre eux eurent été tués par la police la semaine dernière, un incident qui a profondément choqué l'Afrique du Sud. Il s'agit de la pire démonstration de force de l'État sud-africain depuis la fin de l'apartheid, en 1994.

La ministre Nosiviwe Noluthando Mapisa-Nqakula a présenté ses excuses près de la mine de platine de Marikana, dans le nord du pays. Plus tôt dans la journée, des centaines de proches endeuillés avaient marché pieds nus autour de la mine lors d'une cérémonie visant à bénir les lieux.

La ministre s'est exprimée après qu'un mineur furieux lui eut demandé pourquoi le président Jacob Zuma n'était pas venu les voir et menacé ne pas voter pour le Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir.

«Si Jacob Zuma ne veut pas venir ici, comment peut-il espérer avoir notre vote?», a lancé l'homme, devant plusieurs ministres rassemblés devant des centaines de mineurs en grève.

Un autre mineur a lancé: «Réalisez-vous que si les mineurs d'ici ne votent pas pour vous, l'ANC va s'effondrer?»

La ministre de la Défense a répondu : «Nous admettons que du sang a été versé ici et c'est pourquoi nous sommes là devant vous. Nous admettons que ce n'est pas une chose que nous apprécions et, en tant que représentante du gouvernement, je présente mes excuses».

Quand des mineurs se sont mis à agiter des sacs en plastique contenant des douilles de balles, preuves de l'intensité des tirs de la police lors de l'affrontement de jeudi, la ministre a répondu: «Je vous en supplie, je m'excuse, et je souhaite que vous trouviez le pardon dans vos coeurs».

La chef de la police sud-africaine, Riah Phiyega, a été critiquée cette semaine après avoir affirmé que les policiers n'avaient rien à se reprocher. Ouvrir le feu en situation de légitime défense «était la bonne chose à faire», avait-elle dit. Aucun policier n'a été blessé dans la fusillade de jeudi, mais deux d'entre eux ont été battus à mort par des grévistes la semaine dernière.

Le gouvernement sud-africain est intervenu en faveur des mineurs en grève, en persuadant les responsables de la mine de ne pas congédier les grévistes pendant la période de deuil national d'une semaine, a annoncé la présidence mardi.

La direction de la société Lonmin, qui exploite la mine de Marikana, avait initialement annoncé que les grévistes avaient jusqu'à 7 h mardi pour reprendre le travail sous peine de licenciement, alors que certaines familles sont toujours à la recherche de leurs proches, ne sachant pas s'il font partie des morts, des blessés ou des 250 manifestants arrêtés par les autorités.

Le vice-président de l'entreprise, Mark Munroe, a déclaré sur TalkRadio que les grévistes s'exposeraient à des sanctions, mais pas forcément à des licenciements. Il a reconnu que le fait de congédier tous les grévistes aurait des conséquences négatives «en termes de violences et de confiance».

Le président Jacob Zuma, qui participait à un sommet régional au Mozambique, est rentré précipitemment en Afrique du Sud vendredi pour gérer la crise. Il s'est rendu directement dans la région de Marikana et a rendu visite aux mineurs blessés à l'hôpital. Mais il ne s'est pas adressé aux manifestants en grève. La ministre de la Défense a été la première responsable gouvernementale à se rendre sur les lieux mardi.

Plus tôt dans la journée, des centaines de personnes ont marché pieds nus sur le terrain poussiéreux de la mine, pendant que des chefs religieux bénissaient les lieux. Un évêque méthodiste a tracé une grande croix sur le sol.

«Les membres de l'église sont venus exprimer leur solidarité dans la foulée de cet événement choquant», a déclaré l'évêque Gavin Taylor. «Il est inconcevable que des gens aient pu être tués de cette façon.»

Selon le journal «Daily Dispatch», deux hommes ayant survécu à la fusillade ont raconté que certains mineurs pensaient être invincibles après avoir bu du «muti», un médicament traditionnel censé les protéger des balles de la police.

L'un des mineurs, Bulelani Malawana, a raconté qu'on lui avait proposé du muti pour 125 $ US, mais qu'il avait refusé. «Après avoir bu le muti, les gens étaient vraiment agressifs. Ils voulaient juste se battre. Ils se sentaient vraiment invincibles», a-t-il raconté.

Environ 3000 des quelque 28 000 employés de la mine de Marikana sont entrés en grève le 10 août pour réclamer des hausses de salaire.

La société minière Lonmin, enregistrée au Royaume-Uni, est le troisième producteur de platine au monde.

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