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La Corée du Nord organise une foire commerciale dans le nord-est du pays

21/08/2012 11:04 EDT | Actualisé 21/10/2012 05:12 EDT

RASON, Corée du Nord - Des flottes de minifourgonnettes rutilantes, de bouteurs chinois et de camions à benne basculante ornés de rubans rouges couvrent la place publique pendant qu'à l'intérieur sont exposés des jouets, des vêtements et mêmes des capsules de probiotiques.

De potentiels acheteurs chinois, nord-coréens et même européens examinent soigneusement la marchandise pendant qu'ils discutent amicalement et s'échangent des cartes professionnelles.

Scène essentiellement inimaginable ailleurs au pays, la Corée du Nord a inauguré lundi une foire commerciale internationale dans la ville de Rason, dans le nord-est reculé. Rason cherche à se présenter comme un endroit accueillant pour les étrangers, une plaque tournante potentielle pour le transport, le commerce et le tourisme.

Cette foire commerciale témoigne de la détermination du pays à attirer les investissements étrangers dont il a absolument besoin pour ressusciter une économie amorphe. Pyongyang n'a pas diffusé de données économiques depuis des décennies, mais la relance de l'économie se trouve au coeur des politiques gouvernementales depuis 2009.

Rason compte parmi les nouvelles zones économiques spéciales créées au pays. Ces zones sont assujetties à des règles et des lois différentes qui donnent aux dirigeants plus d'autonomie; elles sont aussi plus faciles à rejoindre depuis la ville chinoise de Yanji que depuis la capitale nord-coréenne de Pyongyang.

Confrontée à une économie qui péréclite pendant que celle de ses voisins immédiats explose, la Corée du Nord offre de plus en plus à la Chine un accès à ses ressources naturelles en échange du commerce, des investissements et du savoir-faire chinois.

La semaine dernière, l'oncle du dirigeant Kim Jong Un, Jang Song Thaek, a conclu plusieurs ententes avec la Chine pour accélérer le développement de plusieurs zones économiques spéciales conjointes, dont celles de Rason et de l'île de Hwanggumphyong, selon ce qu'a révélé le ministère chinois du Commerce.

«La visite de Jang visait probablement à rendre plus confortables les investisseurs chinois qui venaient ou songeaient à venir (à Rason), concernant des ententes qu'ils pourraient éventuellement conclure», a expliqué Andray Abrahamian, le directeur exécutif du Choson Exchange de Singapour, un organisme sans but lucratif qui offre de la formation judiciaire et d'affaires aux dirigeants et étudiants nord-coréens.

Mais faire des affaires en Corée du Nord, en dépit du désir de Pyongyang d'attirer des investisseurs étrangers, n'a rien de simple. Les voyages en Corée du Nord demeurent étroitement encadrés, les étrangers devant détenir des lettres d'invitation d'agences nord-coréennes ou devant se joindre à des groupes organisés officiels. L'utilisation des téléphones portables personnels, d'Internet ou des moyens de transport — tous cruciaux à la conduite d'affaires n'importe où dans le monde — nécessite une autorisation. Même en utilisant leurs propres téléphones portables, les étrangers sont fréquemment incapables de communiquer avec leur personnel nord-coréen en raison des restrictions qui pèsent sur les échanges entre les Nord-Coréens et les visiteurs.

Les règles en vigueur à Rason, une région qui regroupe les villes de Rajin et Sonbong, ont été assouplies pour faciliter la tâche des étrangers qui voudraient s'y installer, notamment en ce qui concerne l'admission au pays et les visas. Mais les responsables doivent encore trouver le moyen de garantir l'accès à une alimentation électrique fiable, à un accès à Internet rapide, au système bancaire international et à un service de téléphonie cellulaire s'ils espèrent attirer des investisseurs, a prévenu M. Abrahamian.

«J'aimerais constater des résultats concrets des ententes conclues avec la Chine pour obtenir de l'électricité, a-t-il dit depuis Yanji dimanche, avant de prendre la route pour Rason. On dit que des pannes surviennent encore régulièrement. Une alimentation électrique fiable est évidemment de grande importance.»

Quelque 110 compagnies représentant 11 pays sont présentes à cette deuxième édition de la foire de Rason, selon ce qu'ont expliqué les organisateurs à l'Associated Press. Les compagnies chinoises sont largement majoritaires.

Pendant que les véhicules sont présentés à l'extérieur, à l'intérieur on retrouve de tout, des jouets aux médicaments en passant par les électroménagers. Ces biens peuvent provenir d'aussi loin que la France et la République tchèque, ou avoir été fabriqués ici-même, dans une usine de Rason. Un commerçant américain offre des chandails à quelques pas d'une entreprise nord-coréenne de vêtements, Rason Hyesong.

«Tous ces produits que vous voyez sont fabriqués par notre compagnie et ils sont maintenant exportés vers 13 autres pays, a dit un dirigeant de Rason Hyesong, Pak Kyong Ok. Nos produits sont très populaires.»

Un entrepreneur britannique, Bob Granger, étudie quant à lui la possibilité d'ouvrir un café-restaurant à Rason.

«Nous aimerions nous installer ici, pas dans la capitale Pyongyang, a dit M. Granger, un des propriétaires du Green Apple Cafe de Tumen, en Chine. Nous aimerions être un peu en région, à rencontrer les gens.»

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