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Faible demande, coûts en hausse, les temps sont durs pour le platine

21/08/2012 06:16 EDT | Actualisé 21/10/2012 05:12 EDT

La crise mondiale qui pèse sur l'industrie du platine, un métal précieux dont l'Afrique est le premier producteur, n'est pas étrangère aux affrontements meurtriers de la mine sud-africaine de Marikana, où 44 personnes ont trouvé la mort depuis le 10 août.

Utilisée en joaillerie mais surtout dans l'industrie automobile, le platine souffre d'une surproduction et d'un coup de froid sur les prix, alors que les coûts de production explosent. L'extraction du platine est coûteuse en énergie, dont le prix est tiré vers le haut par les cours du pétrole.

"Les entreprises sont coincées entre des coûts de production en hausse et une demande en baisse, en particulier le marasme de l'industrie automobile qui absorbe près de la moitié du marché du platine", constate Alex Benkenstein, chercheur à l'Institut sud-africain pour les relations internationales (SAIIA).

Pris en tenaille, le secteur se plaint depuis plusieurs mois de problèmes de rentabilité, justifiant aux yeux des entreprises leur intransigeance face aux revendications salariales, émanant principalement des foreurs qui travaillent dans des conditions épouvantables à des centaines de mètres sous terre.

En début d'année, une mine du groupe australien Aquarius à Rustenburg (nord) a été paralysée plusieurs semaines par une grève sauvage émaillée de violences qui avaient fait trois morts et plusieurs blessés.

Le site de Lonmin à Marikana, près de Rustenburg, ne fait pas exception.

Le 10 août, des mineurs menés par un syndicat autonome, l'AMCU, se sont lancés dans une grève sauvage, suscitant des affrontements intersyndicaux avec le puissant syndicat du NUM, proche de l'ANC au pouvoir, puis l'intervention controversée de la police.

Le bilan se monte à 44 morts, dont 34 tués jeudi à l'arme automatique par la police, la pire fusillade policière depuis l'apartheid.

"L'industrie du platine connaît des difficultés depuis le début de la crise économique en 2008", reprend M. Benkenstein. "Même avant les événements de Marikana, on avait des signes que cette industrie avait des problèmes: il y a eu des grèves à Impala Platinum et Aquarius Platinum, tandis que Royal Bafokeng Platinum a annoncé une chute de 60% de ses bénéfices du premier semestre 2012", dit-il.

En juin, le quotidien économique sud-africain Business Day soulignait la faible marge de manoeuvre des industriels et des autorités sud-africaines.

Pour faire remonter les prix, l'une des solutions serait que les compagnies minières taillent dans leur production, mais cela est délicat à mettre en oeuvre sans apparaître comme une entente ou un cartel.

Coup sur coup en juin, deux mines ont été stoppées, celle d'Everest à Mashishing (est) exploitée depuis seulement six ans par Aquarius dont trois puits sud-africains sont désormais à l'arrêt, et une autre mine de Marikana, exploitée par Aquarius et le géant anglo-sud-africain Anglo American.

Un autre groupe, Eastern Platinum, a gelé un projet de nouvelle mine de platine à Steelport (nord) faute de perspectives commerciales.

L'Afrique du Sud abrite environ 87% des réserves mondiales de platine et assure les trois-quarts de la production servant à la fabrication de pots catalytiques.

La faiblesse de la demande a cependant fait tomber les cours à 1.400 dollars l'once contre près de 2.000 dollars un an auparavant. Et les tarifs d'électricité en Afrique du Sud ont plus que doublé en quatre ans pour financer la construction de nouvelles centrales.

Parallèlement, les mineurs accumulent les frustrations, notamment les foreurs qui "effectuent le travail le plus dangereux de l'industrie minière", explique John Cope, directeur de la fondation Bench Marks, proche des églises.

De leurs conditions de travail et de salaire, il dit qu'elles sont tout bonnement "atroces": "Ils descendent avec 25 kilos de matériel de forage. Nous avons prévenu qu'il y aurait des soulèvements et des protestations violentes".

"Les tensions sociales semblent dans une spirale hors de contrôle et rendent plus difficile pour les entreprises de tailler dans la production", observe l'analyste bancaire, Anne-Laure Tremblay chez BNP Paribas.

Mais, ajoute M. Benkenstein, le drame de "Marikana donne une image choquante de la gestion des conflits au sein de l'industrie minière".

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