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A l'origine du massacre de Marikana, des responsabilités multiples

21/08/2012 05:35 EDT | Actualisé 21/10/2012 05:12 EDT

Les responsabilités dans le massacre de la mine de Marikana, où 34 mineurs ont été abattus par la police le 16 août, sont multiples et partagées entre les grévistes eux-mêmes, la police, la direction de la mine, les syndicats et le pouvoir, selon les commentateurs sud-africains.

. LES GREVISTES

Environ 3.000 foreurs ont déclenché le 10 août une grève illégale, sans formaliser par écrit leurs revendications selon l'entreprise. La violence est une arme régulièrement utilisée par les mineurs sud-africains dans les conflits sociaux. Dix hommes, dont deux policiers, avaient été tués à Marikana dans la semaine précédant la fusillade policière, dans des affrontements intersyndicaux. Face à la police, les grévistes portaient des armes traditionnelles, machettes, lances et barres de fer, mais aussi, selon certains témoignages, des armes à feu.

. LA POLICE

Unanimes, les commentateurs ont noté que les policiers engagés à Marikana étaient mal formés et mal équipés pour ce type d'intervention. Sans boucliers, sans casques à visière, armés de fusils d'assaut, ils ont tiré lorsqu'ils ont cru leur vie menacée. La chef de la police nationale leur a donné raison, affirmant qu'ils étaient en situation de légitime défense. Lors des obsèques des deux policiers tués, elle leur a dit: "Ne soyez pas désolés de ce qui s'est passé".

. LA DIRECTION DE LA MINE

La société Lonmin, considérant que la grève était illégale, n'a apparemment engagé aucun dialogue avec les grévistes. Au soir de la fusillade, l'entreprise se dédouanait en affirmant qu'il s'agissait "clairement d'une affaire d'ordre public plutôt que d'un conflit social". Par ailleurs, les grandes sociétés minières sont souvent accusées de nourrir les tensions en accordant des salaires très différenciés d'une catégorie de mineur à l'autre.

. LES SYNDICATS

Le grand syndicat des mines, le NUM, est membre de la confédération nationale Cosatu, alliée du gouvernement. Les travailleurs ne se sentent plus représentés par des dirigeants associés au pouvoir, notent les analystes. A Marikana, la grève sauvage était pilotée par un syndicat dissident, l'AMCU, aux méthodes controversées et violentes. Ce sont des affrontements entre NUM et AMCU qui ont fait dix morts avant la fusillade policière. Des affrontements similaires avaient fait trois morts en début d'année dans une autre mine.

. LE POUVOIR

Les commentateurs politiques ont fustigé le gouvernement du président Jacob Zuma pour n'avoir à aucun moment pris les devants et anticipé le drame. Aucun ministre n'a réuni les partenaires de Marikana avant la fusillade, donnant ensuite l'impression que le pouvoir était pris par surprise et incapable de réagir. Pourtant les problèmes de l'industrie du platine sont connus, et la ministre des Mines Susan Shabangu avait créé un groupe de travail en mars.

. LA CONDITION DES OUVRIERS

Cette violence des mineurs a pour toile de fond leur situation misérable. Dans un pays où le taux de chômage est officiellement de 25%, leurs moyens de pression sont faibles pour obtenir des hausses de salaires. Les mineurs de Marikana vivent et travaillent dans des conditions qui n'ont guère changé depuis un siècle. "Nous vivons comme des animaux", disait l'un d'eux après le massacre. Logés dans un bidonville sans eau courante, les foreurs en grève gagnent 400 euros pas mois. La plupart sont des travailleurs migrants qui envoient leur salaire à leur famille.

cpb/clr/efr

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