NOUVELLES

A Alep, des commerçants fatalistes refusent d'abandonner leur échoppe

21/08/2012 08:45 EDT | Actualisé 21/10/2012 05:12 EDT

Un avion de combat de l'armée survole Alep à basse altitude, mais comme un certain nombre d'habitants de la ville qui se démènent pour continuer à travailler, Ahmed Shamta n'y prête pas attention, trop occupé à essayer de conclure la vente d'une paire de sandales.

"Je ne peux pas vous les donner pour 150 (livres syriennes, environ 2,3 dollars), les prix ont grimpé, elles sont à 250 (LS, environ 3,8 dollars) maintenant", explique-t-il au client, qui examine attentivement la paire de chaussures en simili cuir noisette.

Autour d'eux, des habitants scrutent le ciel, sans quitter des yeux l'avion qui décrit des arcs au-dessus de la ville tandis que les bruits sourds des explosions résonnent dans les quartiers voisins à chaque fois qu'il tire sur des maisons.

Mais sous le couvert relatif d'une bretelle d'autoroute, Ahmed Shamta et une poignée d'autres marchands cherchent à maintenir un semblant d'activité.

Finalement, le client accepte le prix réclamé, et s'éloigne avec ses sandales toutes neuves, sans prêter attention aux hommes et aux enfants qui gardent les yeux rivés sur l'avion.

En face d'Ahmed Shamta, un commandant rebelle hurle des ordres, envoie des combattants dans les quartiers visés par l'avion et encourage ses hommes qui s'éloignent à bord d'un pick-up équipé d'un canon anti-aérien.

Pourtant, il reste possible de faire des affaires à Alep, poumon économique du pays devenu depuis plus d'un mois le théâtre de combats considérés comme cruciaux par le régime du président Bachar al-Assad comme par l'opposition armée.

Au bord de la bretelle d'autoroute, des minibus blancs attendent d'éventuels passagers, et dans la rue, plusieurs magasins sont ouverts, malgré les tirs et les bombes.

"J'ai vendu des chaussures toute ma vie, je ne sais rien faire d'autre", explique Ahmed Shamta. "Je viens ici chaque jour, qu'il y ait ou non des combats. Il faut bien nourrir ma famille", ajoute cet homme de 48 ans dont le visage s'éclaire quand il présente deux de ses fils.

Depuis le début des combats, il a augmenté ses prix, mais uniquement, assure-t-il, parce que les tarifs de son grossiste ont aussi grimpé. Maintenant, ses modèles se vendent entre 250 et 500 LS la paire, et les bons jours, il gagne entre 4.000 et 6.000 LS (entre 60 et 90 dollars).

Sur un stand voisin, Mohamed Hamza bataille sans relâche contre les centaines de mouches qui s'attaquent à sa marchandise, un amoncellement de raisin bien mûr.

"Bien sûr que c'est dur de travailler dans ces conditions, de travailler pendant une guerre, mais si nous ne travaillons pas, nous ne mangeons pas", explique-t-il, en disposant les grappes sur son étalage.

"Il y a encore des gens ici, et ils ont besoin de manger. Ils viennent ici acheter, même au milieu de la guerre, même quand il y a des combats", ajoute-t-il.

Mohamed Hamza a commencé à vendre des fruits à l'âge de 13 ans, et depuis, il se rend chaque matin auprès des grossistes du souk al-Hal pour acheter des fruits à revendre dans le quartier de Chaar.

De l'autre côté de la route, derrière un étal de clés et de cadenas, Anwar Eskayf, 19 ans, transpire en soulevant des seaux d'olives à hauteur de vue des clients. Vertes ou noires, dures ou fripées, ou encore baignant dans une huile épicée avec des poivrons rouges, le choix est vaste.

"Je suis comme tout le monde, je dois travailler pour vivre, même si la mort guette", explique-t-il en remplissant un sachet d'olives pour un client. "Si tu dois mourir, tu mourras, c'est le destin".

Et contrairement à de nombreux autres habitants de la ville, le jeune homme n'a pas l'intention de partir. "Je suis d'Alep, je n'ai nulle part ailleurs où aller. J'ouvre la boutique chaque matin, et je la ferme chaque soir. Je n'irai nulle part".

sah/fc/hj

PLUS:afp