Au lendemain du débat des chefs, les chefs du Parti libéral, Jean Charest, et du Parti québécois, Pauline Marois, ont croisé le fer au cours d'un duel diffusé sur les ondes du réseau TVA. Dans le cadre d'une nouvelle formule, les deux adversaires ont abordé les mêmes thèmes que la veille, avançant peu de nouveaux arguments, mais sur un ton nettement plus agressif.

Sur les thèmes de la gouvernance, des politiques sociales, de l'économie et de l'identité nationale, les deux chefs ont souvent davantage attaqué leur rival que mis de l'avant ce qu'ils ont à offrir.

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  • Jean Charest arrive à TVA

  • Le chef libéral est accueilli par ses partisans

  • Pauline Marois arrive quelques minutes plus tard

  • Elle était elle-aussi attendue par des militants péquists

  • Jean Charest, Pierre Bruneau et Pauline Marois

  • Pierre Bruneau engage la discussion

  • Jean Charest, concentré

  • Pauline Marois, affutée

  • Le ton est vite monté entre Jean Charest et Pauline Marois

  • Jean Charest passe à l'offensive

  • Pauline Marois réplique

  • Jean Charest quelques minutes après le débat

  • Jean Charest quelques minutes après le débat

  • Pauline Marois lors de son point de presse

  • Pauline Marois lors de son point de presse



La gouvernance

Jean Charest a notamment accusé Pauline Marois d'avoir lancé plusieurs accusations non fondées au cours des dernières années.

Mme Marois ne s'est pas gênée pour rappeler les dossiers en matière d'éthique que dénonce son parti depuis des années, par exemple le « scandale des garderies » et les démissions de deux ministres (Tony Tomassi, ex-ministre de la Famille, et David Whissell, ex-ministre du Travail) « sur des questions d'éthique .

« M. Whissell a démissionné pour des raisons personnelles », a argué M. Charest.

Pauline Marois a en outre demandé à M. Charest pourquoi il avait attendu deux ans et demi avant de déclencher une commission d'enquête sur l'industrie de la construction, rappelant que près de 80 % des Québécois en avaient réclamé une.

« Si vous aviez décidé de tenir une commission d'enquête, vous auriez évité ces allégations », a rétorqué Mme Marois. Vous devez vous en prendre à vous-même. » « Vous auriez rassuré les Québécois », a-t-elle dit, demandant au passage pourquoi il avait déclenché l'élection avant la reprise des audiences.

Comme il l'avait fait la veille, Jean Charest a évoqué le rapport Moisan, daté de 2006, qui mettait en lumière « un cas prouvé » de financement illégal. Et c'était lorsque vous étiez aux affaires », a-t-il lancé à l'ancienne ministre péquiste.

Comme la veille également, il a également rappelé qu'une adolescente lui avait versé un don à l'époque de la course à la direction du PQ, en 2005, ce qui est interdit par la loi, qui n'autorise que les dons des personnes majeures.

« Pour moi, c'est tolérance zéro », a dit Mme Marois.

« Vous venez de faire la démonstration de ce que j'affirme », a rétorqué Jean Charest, répétant que sa rivale lançait des allégations non fondées. « Je n'accepterai jamais, comme premier ministre du Québec, que vous mettiez en doute mon intégrité et celle de mon gouvernement », a tonné le cherf libéral.

« Notre responsabilité, c'est d'agir et c'est ce que nous avons fait », avait d'entrée de jeu déclaré Jean Charest, qui a réitéré que son gouvernement avait resserré les lois sur le financement politique, créé l'Unité permanente anticorruption (UPAC) et a lancé la commission Charbonneau.

Politiques sociales

Le thème des politiques sociales a d'abord été une occasion de ramener les débats du printemps dernier au sujet de la hausse des droits de scolarité et des secousses sociales qui en ont découlé.

Pauline Marois a présenté les trois axes de sa politique sur cet enjeu : l'annulation de la hausse décrétée par le gouvernement Charest, l'annulation de la loi 12 (ancien projet de loi 78) et un sommet où un éventuel gouvernement péquiste défendrait la proposition d'indexer les droits de scolarité.

« Vous avez 12 positions différentes sur les droits de scolarité », a lancé le chef libéral, reprochant de nouveau à Mme Marois d'avoir porté le carré rouge, symbole du mouvement d'opposition à la hausse. M. Charest a accusé la chef péquiste d'avoir accepté l'intimidation et la violence pour barrer l'accès d'étudiants à leurs cours, un « droit fondamental », a-t-il répété.

« Vous avez démontré que vous n'étiez pas à la hauteur de ce qu'on attend d'un premier ministre », a lancé Jean Charest.

Pauline Marois a reproché à Jean Charest de ne pas avoir écouté les étudiants et ceux qui « manifestaient une opposition raisonnable », a-t-elle jugé. « Je pense que M. Rozon [fondateur du Festival Juste pour rire] a passé plus de temps avec eux que vous ne l'avez fait », a-t-elle ajouté.

Le chef libéral a rappelé les gestes posés par son gouvernement dans ce débat : étalement de la hausse des droits de scolarité sur sept ans au lieu de cinq, bonification du programme de prêts et bourses, remboursement proportionnel au revenu pour les diplômés. « L'un de vos propres candidats [NDLR : l'ex-leader étudiant Léo Bureau-Blouin, candidat péquiste dans Laval-des-Rapides] admet que les représentants de certaines associations étaient intransigeants », a lancé Jean Charest.

Au sujet de la santé, Pauline Marois a insisté sur les priorités péquistes en la matière, soit les soins à domicile, surtout pour les aînés qui occupent en ce moment des lits en soins de courte durée. « Ce n'est pas demain matin que [les temps d'attente dans] les urgences vont se réduire, a-t-elle nuancé, mais je crois que sur une période de quatre ans, on va arriver à un résultat qui a du bon sens, en plus de s'occuper des groupes de médecine familiale. »

Jean Charest a répété, comme dimanche, qu'il manque des médecins et des ressources humaines au Québec pour répondre aux besoins, estimant que son gouvernement avait grandement augmenté les investissements en soins à domicile. Il a affirmé qu'il proposait un crédit d'impôt plus généreux pour les aidants naturels et qu'il encouragerait les maisons intergénérationnelles.

Sur la contribution santé de 200 $ imposée aux Québécois, Pauline Marois a marqué un point, rappelant que tout ménage au revenu de 30 000 $ ou plus devait la payer, ce que contestait M. Charest.

Jean Charest a de nouveau rappelé des propos tenus en novembre 2008 par Pauline Marois, qui affirmait que si nécessaire, elle reprendrait la décision de 1997 de mettre 1500 médecins et 4000 infirmières à la retraite. Le chef libéral a parlé de politiques « cruelles » dont les Québécois subissent encore les contrecoups.

« M. Charest, vous devez bien être responsable de quelque chose, ça fait neuf ans que vous êtes là », a rétorqué Mme Marois.

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Économie

Vantant le bilan de son gouvernement en matière d'économie, Jean Charest a notamment affirmé que les Québécois avaient maintenant « 12 % plus d'argent dans leurs poches » que lors de son arrivée au pouvoir, en 2003.

Il s'est par ailleurs engagé à garder les impôts et les taxes à leur niveau actuel.

Pauline Marois a rétorqué que le gouvernement libéral les avait déjà haussés de six milliards de dollars et qu'il comptait les augmenter davantage.

Elle a rappelé que le budget Bachand de 2012 prévoyait une hausse des tarifs patrimoniaux d'électricité totalisant 1,6 million de dollars. La chef péquiste a rappelé que sa formation comptait annuler la hausse prévue, tout comme la taxe santé de 200 $, qu'elle a qualifiée d'« injuste » et de « régressive ».

« L'argent [qu'il faut mettre en santé] viendra d'où? », a rétorqué Jean Charest, qui a fait valoir que « 25 % des ménages ne paieront pas » de taxe santé.

Il a également accusé son adversaire péquiste de vouloir augmenter les impôts des contribuables québécois afin de faire contrepoids à l'annulation de la hausse prévue des droits de scolarité.

Pauline Marois a répliqué que sous un gouvernement péquiste le fardeau fiscal supplémentaire incomberait aux ménages gagnant 130 000 $ et plus.

Le chef libéral a en outre fait la promotion de son Plan Nord, affirmant qu'il créerait des emplois dans toute la province. « Les jobs dans le Nord sont des jobs dans le Sud », a-t-il lancé.

La chef péquiste a critiqué le système actuel de redevances, qu'elle juge favorable aux minières. « On ne laisserait pas quelques minières s'enrichir sur le dos des Québécois », a-t-elle promis, promettant de modifier le régime en vigueur, notamment en taxant les surprofits ainsi que la production.

« Vous mettez en péril les emplois », a accusé Jean Charest.

La chef péquiste a également blâmé le premier ministre pour l'endettement du Québec. « Un tiers de toute la dette, c'est vous qui l'avez faite! »

Promettant des politiques « très audacieuses », elle a en outre assuré qu'elle ferait en sorte que « les fleurons québécois restent au Québec » et ne soient pas achetés par des compagnies étrangères comme ça a été le cas pour Alcan, acheté par Rio Tinto.

La Caisse de dépôt et placement doit protéger les sièges sociaux, a-t-elle argué.

À cela, Jean Charest a rétorqué que la Caisse n'était pas un « bras politique » du gouvernement et qu'il fallait préserver son indépendance.

Identité et question nationale

Pauline Marois a d'abord dû défendre son projet de charte de la laïcité, affirmant qu'elle énoncerait trois grands principes : l'égalité entre les hommes et les femmes, la neutralité de l'État et le respect du patrimoine et de l'histoire du Québec.

« Ce n'est pas parce qu'il y a une accalmie maintenant qu'on n'aura pas des tensions qui vont revenir », s'est défendu la chef péquiste, accusant son adversaire libéral d'avoir « laissé traîner les choses » et de ne pas avoir de vision d'ensemble. « Moi, je veux que ça soit clair », a-t-elle dit.

Jean Charest a rétorqué qu'il avait appliqué plus de 80 % des recommandations du rapport de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements culturels, un chiffre contesté par ailleurs, et que le projet de loi 94, qui n'a toujours pas été adopté, stipule que les services publics doivent être donnés à visage découvert.

Le chef libéral a reproché à Mme Marois d'avoir déposé, en 2007, le projet de loi 195 sur la citoyenneté, prévoyant notamment que les nouveaux arrivants qui seraient incapables de bien parler français après une période d'apprentissage payée par l'État perdraient leur droit d'éligibilité, soit le droit de se présenter aux élections scolaires, municipales ou provinciales.

M. Charest a affirmé qu'il se fierait plutôt au bon jugement des Québécois dans le choix de leurs élus. « Les citoyens du Québec n'ont pas besoin de vous pour leur dire quoi faire », a-t-il dit.

Le chef du PLQ a accusé son adversaire de vouloir diviser les Québécois, « comme vous voulez le faire avec votre référendum dont vous ne voulez pas parler ».

Au sujet d'un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec, Mme Marois n'a pas précisé s'il pourrait avoir lieu dans un premier mandat. « Je tiendrai un référendum au moment où j'aurai l'assurance qu'une majorité de Québécois seront d'accord pour que l'on devienne un pays. Je souhaiterais qu'il y en ait un, mais je veux me garder la possibilité de prendre cette décision, a-t-elle expliqué. On ne fera pas cela en cachette. »

« C'est exactement le contraire de la franchise », a martelé Jean Charest, accusant la chef péquiste de « placer une épée de Démoclès [sic] sur l'économie ». « Vous jouez au casino avec l'avenir du Québec », a-t-il ajouté.

Le réseau TVA diffusera deux autres débats : Jean Charest affrontera le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, mardi, tandis que ce dernier croisera le fer avec Pauline Marois le lendemain.

Animé par Pierre Bruneau, ce premier duel faisait suite à un débat à quatre, auquel avaient aussi participé, dimanche soir, le chef caquiste ainsi que la présidente et porte-parole de Québec solidaire, Françoise David.

Pour me joindre :
sophie-helene.lebeuf@radio-canada.ca

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