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Pour les Syriens aisés, le Liban n'est plus la solution

19/08/2012 03:53 EDT | Actualisé 18/10/2012 05:12 EDT

Nada Ekhwon et son mari, médecin comme elle, ont fui la Syrie pour chercher au Liban un havre loin du bain de sang. Mais la récente vague d'enlèvements de Syriens à Beyrouth et le manque de perspectives dans le pays les obligent à chercher une alternative.

Pourtant loin du dénuement des dizaines de milliers de réfugiés syriens bloqués dans des camps le long de la frontière en Jordanie et en Turquie, les Syriens des classes moyennes et supérieures ne veulent plus rester au Liban.

"Hier soir, nous avions peur de sortir. Nous avons écouté les info et estimé qu'il valait mieux rester à la maison", explique Mme Ekhwon, après les enlèvements de dizaines de Syriens revendiqués cette semaine par des chiites libanais réclamant la libération de proches retenus en Syrie.

Depuis jeudi, cette femme élégante cherche un billet d'avion pour Chypre, où résident ses parents. Mais tous les vols de la compagnie libanaise Middle East Airlines sont complets pour une semaine. "Et d'ici là, personne ne sait ce qu'il peut se passer", s'inquiète-t-elle.

Mercredi, des chiites libanais en armes ont enlevé des dizaines de Syriens et vandalisé leurs biens en représailles aux rapts de certains de leurs proches en Syrie.

La crise syrienne avait déjà eu des répercussions ces derniers mois au Liban, où l'équilibre entre les communautés est déjà très fragile, avec des échanges de tirs à la frontière et des affrontements meurtriers entre Libanais pro et anti Damas à Tripoli (nord) et dans la capitale.

Mais pour les Syriens de la classe moyenne, les récents enlèvements ont tout changé. Ils ont aussi poussé plusieurs riches pays du Golfe à appeler leurs ressortissants -- dont beaucoup passent l'été au Liban -- à quitter le pays. Washington a fait état de risques d'attaques accrues contre ses ressortissants et Ankara a appelé à ne pas se rendre au pays du Cèdre après le rapt de deux de ses citoyens.

"Une famille vivant dans une banlieue de Beyrouth a raconté que des hommes armés avaient encerclé leur pâté de maisons cette semaine et qu'ils avaient dû se cacher sur le toit. Depuis, ils se sont installés ailleurs", raconte Ariane Rummery, porte-parole du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés.

Et même s'ils sont loin de vivre dans le dénuement, les Syriens des classes moyennes et supérieures s'inquiètent de ne pas trouver de situation professionnelle stable au Liban.

Nada Ekhwon et son mari, qui ont fermé leur cabinet à Homs (centre) pour la relative sécurité de Damas avant de se résoudre à gagner le Liban il y a six mois, n'ont toujours pas obtenu le droit d'exercer et vivent sur leurs économies.

Dans une agence de voyages de Beyrouth, Sam et Mohamed, deux jeunes cousins syriens, viennent se renseigner sur les possibilités de quitter le pays, d'abord pour Dubaï, où ils pourraient rejoindre des proches si la situation se détériore.

"Mes camarades de lycée sont là, ils traversent tous les mêmes difficultés", explique Mohamed, 21 ans, qui fait des études au Liban. "Tout le monde cherche à quitter le Moyen-Orient".

Pour Ahmad, un autre jeune Syrien installé à Beyrouth, les violences de cette semaine n'ont fait qu'accentuer le manque de perspectives dans un pays où le coût de la vie est très élevé. Il pense désormais partir en Turquie ou en Egypte, en fonction des perspectives d'embauche.

Le Liban, "c'est mortel", insiste Jamal, un photographe de 26 ans qui a fait des allers-retours entre sa maison à Damas et les canapés de ses amis à Beyrouth depuis le début de la révolte syrienne en mars 2011.

"Au Liban, la liaison internet est terrible, et l'électricité est coupée tout le temps. Cela fait un an et demi que je ne travaille pas. Je perds mon temps", regrette-t-il.

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