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Les députés somaliens élisent un président pour sortir le pays du chaos

19/08/2012 07:53 EDT | Actualisé 19/10/2012 05:12 EDT

Les nouveaux députés somaliens, tout juste désignés par une assemblée de chefs coutumiers, doivent élire lundi à Mogadiscio le nouveau président du pays, une nouvelle tentative pour rétablir un gouvernement central dont la Somalie est privée depuis plus de 20 ans.

L'élection du nouveau président doit parachever un processus complexe, parrainé par l'ONU et la communauté internationale, et destiné à remplacer les fragiles Institutions fédérales de Transition, mises en place en 2004, par des institutions pérennes.

Après l'adoption le 1er août d'une nouvelle Constitution, une liste de 202 députés, sur les 275 que doit compter à terme la chambre, a été publiée vendredi par un Comité technique de sélection, chargé de valider les noms des parlementaires désignés par les chefs traditionnels, selon un système compliqué de répartition clanique.

Environ 70 noms ont été écartés par le comité, car ne remplissant pas les critères requis (citoyenneté, âge, niveau d'études, passé politique et en matière de droits de l'Homme...), mais les 202 déjà validés suffisent à atteindre le quorum nécessaire à l'élection présidentielle (2/3 des députés).

Le mandat de l'actuel Gouvernement fédéral de Transition (TFG) expire le 20 août et la communauté internationale, qui l'a soutenu à bout de bras et avait exclu toute nouvelle prolongation, a tout fait pour que l'élection du nouveau chef de l'Etat se déroule d'ici cette date.

Le mandat des Institutions fédérales de Transition avaient déjà été prolongé de deux ans en 2009, sur fond de chaos sécuritaire dans le pays, puis d'un an en 2011, face à l'impasse politique pour les remplaçer.

La communauté internationale semble, contre toute attente, être en passe de tenir son pari, se félicitant d'une chance historique pour sortir la Somalie du chaos, mais nombre d'observateurs estiment que le calendrier a été privilégié au détriment du fond et regrettent une opportunité ratée.

"On se dirige vers un processus qui va être bâclé", estime un diplomate occidental qui aurait souhaité une extension du délai "d'un mois maximum", craignant que le Parlement ne manque de légitimité.

Pour ces observateurs, la priorité donnée au calendrier va valider un "processus pipé" qui semble devoir déboucher lundi sur le maintien au pouvoir des responsables actuels, accusés de corruption massive.

Le représentant spécial de l'ONU pour la Somalie, Augustine Mahiga, fervent défenseur du processus actuel, n'a pu que dénoncer le 1er août les "échanges et demandes de faveurs, de pots-de-vin et l'intimidation" dans le processus de désignation des nouveaux députés.

Le président sortant Cheikh Sharif Cheikh Ahmed, élu en 2009 après avoir rallié les institutions de transition qu'il combattait auparavant à la tête d'une rébellion islamique, et personnalité contestée au sein même des partenaires internationaux de la Somalie, est l'un des favoris du scrutin.

Sous sa présidence "les détournements systématiques, les malversations et le vol pur et simple des fonds publics sont essentiellement devenus un système de gouvernement", estimait ainsi le Groupe de suivi de l'ONU dans son rapport de juillet.

Ses plus sérieux adversaires semblent son Premier ministre, Abdiweli Mohamed Ali, et le président du Parlement sortant, Sharif Hassan Sheikh Adan.

L'étape de lundi est considérée comme cruciale pour rétablir la paix en Somalie, livrée depuis 20 ans aux chefs de guerre, milices islamistes et gangs criminels. Depuis 2000, les différentes institutions de transition mises en place ont toute échoué à asseoir leur autorité.

Mais alors qu'il y a encore un an, le TFG ne contrôlait même pas la totalité de la capitale, les nouvelles autorités bénéficieront des récents succès militaires enregistrés face aux insurgés islamistes shebab, par l'embryon d'armée somalienne épaulée par la Force de l'Union africaine et par les forces éthiophiennes, entrées en Somalie en novembre.

Bien qu'affaiblis, les shebab contrôlent encore de vastes portions du sud et du centre de la Somalie. Le plus dur pour le gouvernement sera d'asseoir sa légitimité auprès des populations des zones "libérées", dans un pays totalement fragmenté, notent les observateurs.

bur-ayv/jb

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