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Tuerie de Marikana: les familles à la recherche de leurs disparus

18/08/2012 10:48 EDT | Actualisé 18/10/2012 05:12 EDT

Deux jours après la fusillade de Marikana (nord) qui a fait 34 morts, des familles étaient samedi toujours à la recherche de leurs proches, essayant de savoir s'ils avaient été tués, blessés, ou simplement arrêtés.

Ntaoleng Thato était au bord de l'évanouissement, craignant le pire, quand elle s'est dirigée vers la petite caravane installée devant un hôpital pour mineurs où est affichée la liste des victimes abattues par la police jeudi.

La fusillade de Marikana a fait 34 morts et 78 blessés, tandis que les forces de l'ordre ont mis 259 personnes sous les verrous.

Et de nombreuses familles sont restées sans nouvelles de leurs proches.

Ntaoleng Thato n'a pas vu son frère Thabiso Mosebetsane, 65 ans, depuis jeudi matin.

Ses quatre enfants n'ont pas arrêté de pleurer depuis qu'ils ont réalisé qu'il n'était pas rentré après la fusillade.

La zone a été rapidement déclarée une "scène de crime", si bien qu'ils n'ont pas pu voir les corps.

La crainte a fait place à l'angoisse dans leur misérable cabane construite sur l'un des plus riches gisements de platine du monde, la journée de vendredi passant sans nouvelles.

"Je pleurais parce que ses enfants pleuraient", a raconté Ntaoleng, 38 ans.

Tandis que sa belle-soeur partait pour la morgue, la jeune femme s'est rendue à l'hôpital, de même que d'autres familles inquiètes.

La compagnie minière Lonmin, qui exploite la mine de Marikana, a promis son assistance pour l'identification des victimes et l'enterrement des corps, disant aussi aux familles que leurs enfants iront à l'université.

Et la liste des victimes a finalement été affichée dans cette caravane stationnée devant l'hôpital Andrew Saffy.

Pour la famille de Ntaoleng Thato, perdre le soutien de famille serait un coup très dur.

La jeune femme a finalement pris son courage à deux mains pour regarder la liste, avant de pousser un soupir de soulagement.

"Je ne l'ai pas trouvé. Ils me disent qu'il est en prison!"

Mais pour d'autres, la recherche continue.

"Il y a quelqu'un que je n'ai pas vu, et je ne peux pas le joindre au téléphone", raconte Ian Buhlungu, 47 ans, dont l'ami Ngcwangula Lubuzo s'est rendu sur la funeste colline de Marikana, jeudi, pour écouter ce qu'avaient à dire les directeurs de la mine, avant la fusillade.

"Il n'est pas revenu."

Les deux hommes viennent de la province du Cap oriental (sud-est), à 1.000 km de là, où la femme de Ngcwangula attend des nouvelles.

Mais Ian Buhlungu ne sait pas comment la joindre.

Craignant le pire, il n'a pas eu le courage d'aller lire la liste de l'hôpital.

Beaucoup parmi les 28.000 employés de la mine de Marikana n'ont pas de parents à proximité.

En Afrique du Sud, où le taux de chômage est officiellement de 25%, de nombreux travailleurs doivent parcourir des distances énormes pour gagner leur croûte dans ces collines poussiéreuses, mais riches en minéraux.

Ils vivent souvent dans des cabanes de bois et de tôle ondulée, sans eau courante ni toilettes. Une vie qui vaut toujours mieux, selon eux, que la misère du Cap oriental, la région la plus pauvre d'Afrique du Sud, où certains enfants vont encore en classe sous les arbres.

Les travailleurs migrants ont depuis le milieu du XIXe siècle fait la fortune de l'industrie minière sud-africaine, extrayant diamants, or et platine. Pour des salaires souvent bien maigres.

Quelque 2.000 mineurs de Marikana s'étaient mis en grève le 10 août, exigeant un triplement de leur salaire, qui est actuellement de 4.000 rands (400 euros) par mois.

Ils s'en sortent correctement, si l'on en croit un rapport gouvernemental paru mercredi qui déplore que 39% des Sud-Africains vivent avec moins de 432 rands par mois.

Si l'ami de Ian Buhlungu est mort, il sera enterré dans les collines verdoyantes de Libode, chez eux.

"Nous allons demander l'aide de la mine pour pouvoir le ramener", a-t-il dit à l'AFP.

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