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Le représentant spécial pour la Syrie juge sa mission "très, très difficile"

18/08/2012 07:10 EDT | Actualisé 18/10/2012 05:12 EDT

NEW YORK, États-Unis - L'ancien ministre des Affaires étrangères algérien Lakhdar Brahimi, qui a accepté vendredi de remplacer Kofi Annan au poste de représentant spécial conjoint des Nations unies et de la Ligue arabe pour la Syrie, se dit conscient des difficultés qui l'attendent. "C'est une mission extrêmement complexe et très, très difficile", a-t-il déclaré à l'Associated Press.

Ce diplomate chevronné qui fut émissaire de l'ONU en Afghanistan et en Irak remplace l'ancien secrétaire général de l'ONU, dont la mission s'achève à la fin du mois. Il doit se rendre à New York et au Caire dans les prochains jours.

Dans un entretien téléphonique depuis Paris, M. Brahimi a déclaré espérer qu'une intervention militaire ne soit pas nécessaire, estimant même qu'évoquer l'option militaire revenait à admettre l'échec de la voie diplomatique.

Selon Eduardo del Buey, porte-parole adjoint du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon "apprécie à sa juste valeur la volonté de M. Brahimi de mettre à contribution son talent et son expérience considérables pour cette tâche cruciale. Il aura besoin et s'attend à juste titre au soutien fort, clair et unifié de la communauté internationale, dont le Conseil de sécurité".

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a salué la nomination de M. Brahimi, déclarant qu'il "continuera à rechercher une fin au conflit et une transition pacifique en Syrie".

"Mon message à l'émissaire spécial Brahimi est simple: les Etats-Unis sont prêts à vous soutenir et à assurer une paix durable qui fasse respecter les aspirations légitimes du peuple syrien à un gouvernement représentatif", a dit Mme Clinton.

La Chine s'est elle aussi félicitée samedi de la nomination de Lakhdar Brahimi. Pékin "soutiendra activement M. Brahimi et coopérera avec lui dans ses efforts de médiation politique", a indiqué le ministère chinois des Affaires étrangères dans un communiqué.

Selon plusieurs diplomates des Nations unies s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, Lakhdar Brahimi a retardé l'acceptation de la mission car il voulait un signe de soutien de la part du Conseil, sans que l'on sache quel type de soutien.

Pour Gérard Araud, ambassadeur de France à l'ONU et actuel président du Conseil de sécurité, le poste de représentant spécial est une "mission impossible". Le diplomate a dit comprendre pourquoi on pouvait avoir besoin de réfléchir avant d'accepter une telle tâche.

La semaine dernière, M. Araud avait néanmoins défendu la nécessité de nommer un nouvel émissaire pour la Syrie. "Nous ne pouvons tout simplement pas laisser tomber les Syriens et leur dire: 'battez-vous et revenez quand vous avez fini'", a-t-il déclaré. "Peut-être que l'émissaire spécial sera inutile la première semaine, ou les premières semaines, mais au moins il y aura quelqu'un pour saisir toutes les occasions de trouver une solution politique".

Kofi Annan a démissionné le 2 août, après avoir échoué à imposer un cessez-le-feu alors que la Syrie s'enfonçait dans la guerre civile. Selon l'ONU, au moins 18.000 personnes sont mortes depuis mars 2011.

Lors de l'annonce de sa démission, Kofi Annan avait estimé que les divisions au sein du Conseil de sécurité empêchaient l'union nécessaire pour arrêter les combats en Syrie. La Russie et la Chine ont fait usage de leur droit de veto à trois reprises pour empêcher toute action forte contre le régime de Bachar el-Assad que prônent les pays occidentaux et arabes.

Pendant la mission de Kofi Annan, qui a duré six mois, le gouvernement syrien et ses alliés ont tout de même accepté un plan de paix en six points. Celui-ci incluait un cessez-le-feu menant à un processus politique dirigé par la Syrie pour sortir de la crise. Si M. Annan a dénoncé les actions du régime alaouite qui n'a pas renoncé à la violence comme le prévoyait le plan de paix, il a également critiqué les actions de plus en plus militaires de l'opposition qui ont condamné son plan.

Selon Richard Gowan, directeur associé du Centre sur la coopération internationale à l'Université de New York (NYU), les attentes vis-à-vis de M. Brahimi devraient être moins grandes que vis à vis de Kofi Annan, dont la mission a souffert d'espoirs irréalistes. Lakhdar Brahimi est néanmoins le bon négociateur pour cette mission, assure M. Gowan.

"Brahimi a une réputation incroyablement bonne à l'ONU, mais il est aussi connu pour ne pas recevoir d'ordres des grands pouvoirs, ni s'inquiéter outre mesure de l'attention des médias", a estimé Richard Gowan dans un courriel à l'AP. "Ca pourrait être précisément ce qui est nécessaire aujourd'hui en Syrie: un médiateur endurci mais indépendant, qui persistera dans ses efforts diplomatiques même s'il doit affronter les critiques s'il échoue à trouver un accord rapide".

Lakhdar Brahimi, 78 ans, a été ministre des Affaires étrangères de l'Algérie entre 1991 et 1993 et a rejoint les Nations unies en 1994. Il y a occupé plusieurs postes prestigieux jusqu'à sa retraite en 2005. Avec les Nations unies, il s'est rendu à Haïti, au Yémen, au Soudan ou encore en Afrique du Sud, où il a dirigé les efforts de l'ONU supervisant les élections démocratiques qui ont mené Nelson Mandela au pouvoir.

Lakhdar Brahimi a également représenté l'ONU en Afghanistan avant le 11-Septembre et après l'expulsion des talibans par les Américains. En Irak, il a aidé à la mise en place du gouvernement intérimaire en 2004, après la chute de Saddam Hussein. En tant qu'émissaire de la Ligue arabe, Lakhdar Brahimi a participé aux négociations mettant fin à la guerre du Liban.

Lakhdar Brahimi fait partie des "Elders" (Anciens), un groupe d'anciens dirigeants internationaux travaillant à la paix mondiale dont Nelson Mandela fait partie. A ce titre, il a publié un communiqué commun le 10 août dans lequel il estimait notamment que le Conseil de sécurité de l'ONU et les Etats régionaux devaient "s'unir pour assurer une transition politique le plus tôt possible. Des millions de Syriens réclament la paix. Les dirigeants mondiaux ne peuvent pas rester divisés plus longtemps, faisant fi de leurs appels".

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