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Farouk al-Chareh, la caution sunnite du régime syrien

18/08/2012 08:24 EDT | Actualisé 18/10/2012 05:12 EDT

Le vice-président syrien Farouk al-Chareh, dont la défection a été démentie samedi par Damas, est depuis près de trois décennies la caution sunnite du régime tenu par la minorité alaouite, une émanation du chiisme.

"M. Farouk al-Chareh n'a pensé à aucun moment à quitter le pays", a annoncé la télévision d'Etat citant un communiqué de son bureau, après que des chaînes arabes ont annoncé sa défection vers la Jordanie, citant des rebelles.

Agé de 73 ans, celui qui fut pendant 22 ans chef de la diplomatie syrienne avant de devenir vice-président en 2006, est né à Deraa, dans le sud de la Syrie, berceau de la contestation contre Bachar al-Assad en mars 2011.

Déchiré entre sa loyauté envers le régime et son attachement à sa région natale qui subissait de plein fouet la répression, il a proposé dès le début de la crise de servir de médiateur. Les durs du régime, notamment Maher al-Assad, frère cadet du président, l'ont brutalement éconduit, selon des diplomates européens en poste à l'époque à Damas.

Cherchant toujours à mettre fin à l'effusion du sang, il a, au nom du régime, organisé une réunion en juillet 2011 sur le dialogue national, mais celle-ci a fait long feu et la répression a repris.

En décembre de la même année, cet homme décrit par un de ses interlocuteurs comme "un homme d'appareil intelligent" a été invité à un "entretien sérieux" avec les dirigeants en Russie, un pays allié du régime syrien.

Sa réticence à soutenir la guerre totale contre les contestataires a poussé la Ligue arabe à le qualifier "d'homme de consensus" et à proposer en janvier 2012 qu'il dirige la période de transition en Syrie vers un Etat démocratique, à la place du chef de l'Etat.

Son nom figure toutefois sur les listes noires des personnalités du régime établies par les Etats-Unis et l'Union Européenne "pour son implication dans les violences contre la population civile".

Cet homme froid, qui peut être cinglant dans ses propos, s'est alors effacé et sa dernière apparition publique remonte au 20 juillet pour les funérailles de trois hauts responsables tués dans un attentat à Damas, où il représentait le président Assad.

"Sans charisme mais avec de l'autorité", selon un diplomate européen qui l'avait rencontré à plusieurs reprises, il fut ministre des Affaires étrangères de 1984 à 2006, puis promu vice-président de la République en charge de la politique étrangère et des médias.

Il a succédé à un autre sunnite, entré en dissidence et qui habite aujourd'hui Paris, Abdel Halim Khaddam.

Négociateur déterminé, M. Chareh avait la confiance de Hafez al-Assad, père défunt de l'actuel chef de l'Etat, qui l'avait notamment chargé du suivi des négociations avec Israël lancées secrètement en 1991.

Parfaitement anglophone et titulaire d'une licence de littérature anglaise à l'Université de Damas, il a été directeur du bureau de la compagnie aérienne Syrian Airlines en Grande-Bretagne de 1963 à 1976, profitant de ce séjour pour étudier le droit international à l'Université de Londres.

M. Chareh est entré dans la carrière diplomatique en 1977 comme ambassadeur de Rome, un poste qu'il occupe jusqu'en 1980. Il est ensuite pendant trois ans ministre d'Etat pour les Affaires extérieures.

Alors chef de la diplomatie syrienne, il a été accusé par un rapport de l'ONU d'avoir tenté d'"égarer" l'enquête internationale sur l'assassinat en 2005 de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, en fournissant de "fausses informations" aux enquêteurs.

Selon des sources diplomatiques occidentales, M. Chareh est celui qui aurait persuadé -à tort- le président Bachar al-Assad en septembre 2004, que la résolution réclamant le retrait de l'armée syrienne du Liban n'obtiendrait pas les neuf voix nécessaires pour être adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU.

Membre du comité central du parti Baas depuis le 8 mars 1963, il est marié et père de deux enfants.

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