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Dieppe: une mission secrète réussie contre le radar allemand malgré la débâcle

18/08/2012 03:08 EDT | Actualisé 18/10/2012 05:12 EDT

DIEPPE, France - Lorsque les milliers de soldats canadiens ont débarqué sur la côte française à Dieppe il y a 70 ans, ils ont été écrasés par une armée allemande capable de mobiliser un grand nombre d'hommes pour repousser leur attaque.

Alors que les troupes alliées étaient décimées par la riposte allemande, un petit groupe de soldats originaires des Prairies se sont embarqués pour une mission secrète afin d'assurer qu'une telle tragédie ne se reproduise plus jamais.

Les 10 hommes du South Saskatchewan Regiment devaient protéger un expert des radars britannique ayant reçu l'ordre de mettre le système des Allemands hors d'état de nuire.

L'histoire se souvient de Jack Nissenthall comme d'un homme s'étant distingué dans les années 1930 alors qu'il travaillait de concert avec les forces aériennes britanniques pour améliorer les systèmes de radar de la Grande-Bretagne.

Le radar était encore une technologie récente le 19 août 1942, a rappelé le spécialiste d'histoire militaire Michael Bechthold de l'Université Wilfrid Laurier.

M. Bechthold a toutefois affirmé que, en dépit de leur nouveauté, les systèmes de localisation avaient déjà fait leur preuve aux yeux de l'armée britannique lors de la bataille d'Angleterre durant laquelle ils avaient été utilisés pour détecter les raids aériens allemands.

«Avec le radar, ils ont été en mesure de repérer les Allemands avant qu'ils n'arrivent, ce qui leur a donné la chance d'envoyer leurs Spitfires et leurs Hurricanes pour les affronter», a-t-il expliqué.

Si les historiens ne s'entendent pas sur l'impact de la mission de Jack Nissenthall à Dieppe, ils sont toutefois d'accord sur les détails.

M. Nissenthall avait pour mandat de pénétrer dans la station où se trouvait le système de radar allemand, surnommé Freya, entre Dieppe et Pourville. L'objectif était de découvrir quel type de système les Allemands utilisaient ou de mourir en essayant de le faire.

Les ordres donnés à ses gardes du corps canadiens étaient tout aussi brefs: protéger-le ou, s'il est sur le point d'être capturé, abattez-le. Le Britannique en savait trop sur le système de radar de sa patrie pour être laissé entre les mains de l'ennemi.

Comme toute l'opération à Dieppe, la mission du groupe ne s'est pas déroulée comme prévu. Michael Bechthold a raconté qu'une erreur de navigation avait mené leur bateau du mauvais côté du fleuve Scie où il devait mettre pied à terre.

En tentant de revenir en arrière, les soldats se sont rapidement retrouvés sous les tirs allemands. Même s'ils avaient réussi à se rapprocher de leur cible, ils ont réalisé qu'ils n'arriveraient jamais à se rendre jusqu'à Freya.

D'après le livre «Green Beach» de James Leasor publié en 1975, Jack Nissenthall a alors décidé de forcer les Allemands à partager leurs découvertes radars par le biais des transmissions radio en coupant leurs lignes téléphoniques.

Ces transmissions pouvaient être interceptées depuis la Grande-Bretagne, fournissant aux Alliés des renseignements sûrs au sujet de ce que l'ennemi pouvait voir ou non sur ses écrans.

Selon M. Leasor, le Britannique a grimpé jusqu'aux fils malgré les tirs nourris des Allemands, a sectionné ceux qu'il fallait et a sauté sur le sol une fois sa périlleuse mission terminée.

M. Nissenthall est retourné sur la plage sain et sauf, mais sans la plupart des Canadiens qui l'avaient accompagné. M. Bechthold a précisé qu'un seul de ses gardes du corps était revenu en Angleterre et que le sort des autres demeurait inconnu.

L'impact de l'exploit de Jack Nissenthall fait l'objet de débats.

James Leasor soutient que les transmissions radio ont permis de recueillir de l'information de première importance qui a influencé les plans de guerre des Alliés jusqu'à la fin du conflit.

Michael Bechthold croit pour sa part que le succès n'était pas aussi tranché, faisant valoir que les renseignements obtenus à la suite de la mission n'étaient pas assez importants pour changer définitivement le cours du conflit.

En 1978, M. Nissenthall a changé son patronyme pour «Nissen» et a émigré au Canada. Un an plus tard, il a écrit une lettre au Globe and Mail pour parler de son rôle durant la guerre et faire l'éloge des Canadiens à Dieppe.

«Je voudrais dire que, sans le sacrifice de cette armée de héros, nous aurions subi une défaite cuisante le jour J, concluait la missive. Nous étions partis pour faire toutes les erreurs possible. Il n'est pas trop tard pour vous dire merci.»

Une délégation canadienne comprenant des anciens combattants ayant participé au raid prendra part aux cérémonies soulignant le 70e anniversaire de l'opération à Dieppe dimanche.

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