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CORRIGÉ: Nadine Gordimer "effondrée" par le massacre de la mine de Marikana

18/08/2012 07:06 EDT | Actualisé 18/10/2012 05:12 EDT

L'écrivain sud-africaine Nadine Gordimer, compagnon de lutte du Congrès national africain (ANC) dans sa lutte contre l'apartheid, se dit "effondrée" par le massacre de la mine de Marikana (nord-ouest), où 34 mineurs grévistes ont été tués par la police jeudi.

"Bien sûr, je suis absolument effondrée, je ne peux pas croire à ce massacre effrayant parmi notre propre population, parmi notre propre population noire", a dit la prix Nobel de littérature 1991 à l'AFP, qualifiant les événements de "complètement inacceptables".

"Je suis très perturbée et triste pour ces personnes innocentes. Les images de ces gens à terre après avoir été abattus donnent la nausée", a-t-elle déclaré.

"Je suis née et j'ai grandi dans une petite ville minière, avec des mines d'or, en Afrique du Sud (à Springs, près de Johannesburg, ndlr). Et quand j'étais enfant, je me souviens des mineurs d'or. (...) Ces mineurs, je les voyais souvent, beaucoup d'entre eux (étaient enveloppés) dans leurs couvertures, et on me disait de +faire attention+, car ils ils étaient considérés comme dangereux. Si vous étiez un enfant blanc, une femme blanche, il fallait avoir peur d'eux, je ne sais pas pourquoi..."

"Bien sûr, le temps passant, j'ai grandi et j'ai acquis une conscience politique", a poursuivi Nadine Gordimer, aujourd'hui âgée de 88 ans.

"Mon ami le grand photographe David Goldblatt a fait un livre merveilleux qui s'appelle +Dans les mines+ et j'ai aussi fait un livre avec lui. Et il m'a emmenée dans les endroits où je n'étais pas allée en tant qu'enfant blanc", a-t-elle raconté..

"J'ai pu vraiment voir les conditions de vie réelles de ces gens dans les mines. Leurs quartiers, les dortoirs, les lits superposés étaient en béton, figurez-vous, l'un au-dessus de l'autre, en béton... Et je ne sais pas quelles sont les conditions maintenant. Je suis sûre qu'elles ne sont pas particulièrement confortables!"

"Ces gens sont vraiment le facteur le plus important pour faire ressortir la richesse que nous avons, notre richesse, notre platine, notre or et l'uranium de notre sous-sol", a souligné Mme Gordimer.

"Ils ont toujours été sous-payés et négligés, y compris en ce qui concerne leurs soins médicaux même si leur travail est dangereux", a-t-elle ajouté, relevant notamment que "la tuberculose (est) très répandue".

"Je ne comprends pas pourquoi, alors que nous avons eu tant de manifestations sur les conditions de vie des personnes vivant dans des bidonvilles, pourquoi les policiers n'ont pas des méthodes sophistiquées, plus compétentes pour faire face à une foule qui devient violente que de prendre leur arme et tirer dans le tas", s'est-elle interrogée.

"Si vous m'aviez demandé quand nous avons célébré notre victoire dans la lutte (contre l'apartheid) (...), nous n'aurions jamais pu croire que cela arriverait un jour", a soupiré Nadine Gordimer.

"Tout ce qui nous intéressait était de nous débarrasser de l'apartheid. Nous ne nous rendions pas compte de l'inégalité financière et de toutes les autres inégalités. (...) Malheureusement, il semble que nous ayons eu tort de ne pas pas parler de ça, de la façon dont nous pouvons répondre. Et en plus, il y a du racisme, parce que ces gens sont noirs", a ajouté l'écrivain.

"Le président Zuma était en mission au Mozambique. Pourquoi n'at-il pas pris l'un de ses jets privés pour rentrer immédiatement?" s'est-elle enfin interrogée. Jacob Zuma est rentré vendredi de Maputo où se tenait le sommet annuel des pays d'Afrique australe.

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