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Processus politique en Somalie: changement de façade plus que recomposition

17/08/2012 06:12 EDT | Actualisé 17/10/2012 05:12 EDT

Les autorités somaliennes de transition, qui en huit ans n'ont pu stabiliser un pays rongé par la guerre civile, doivent en théorie céder la place lundi à des institutions pérennes. Les pays occidentaux y voient une chance pour la paix, mais des analystes une opportunité manquée.

Mises en place en 2004, les autorités de transition, financées par les Occidentaux, ont déjà vu leur mandat prolongé deux fois.

Cette fois, la communauté internationale dit ne pas vouloir laisser passer la date du 20 août pour leur dissolution. Lundi en théorie, un nouveau Parlement, un nouveau président du Parlement et un nouveau président pour la Somalie devront avoir tous été désignés.

Mais il est tout de même possible que le processus soit prolongé, ne serait-ce que de quelques jours : seul le Parlement pourrait être formé, et encore seulement partiellement, à la date butoir. L'élection de son président, comme du président de la Somalie, suivraient ensuite.

Quoi qu'il en soit, des analystes craignent que le processus ne ramène au pouvoir les mêmes personnalités, soupçonnées de corruption massive, et ne fragmente un peu plus le pouvoir en Somalie.

"Ce n'est pas un processus: c'est un hold-up du pouvoir par tous les moyens," estime Afyare Elmi, chercheur somalien à l'Université du Qatar. "Le processus est manipulé", dit-il, estimant que les sièges au nouveau Parlement, qui élira le nouveau président, "vont aux plus offrant". "Ma crainte est que tout cela ne débouche sur un autre cycle de violences communautaires."

Le représentant spécial de l'ONU pour la Somalie, Augustine Mahiga, est optimiste sur les chances de voir émerger un pays "plus pacifique, plus stable et doté d'une meilleur gouvernance démocratique".

Mais l'ONU elle-même a dénoncé le recours, par des responsables politiques, à des "pots-de-vins, à l'intimidation (et) la violence" pour influencer la sélection des députés.

Tout le processus est d'ailleurs remis en question par les analystes, comme l'adoption de la nouvelle Constitution, proposée par la communauté internationale et les signataires somaliens de la "feuille de route" pour la reconstruction du pays - les actuels président, Premier ministre, président du Parlement, et des dirigeants de provinces semi-autonomes.

Le texte a été soumis à une Assemblée constituante, qui l'a "approuvé sans discussion", relève Laura Hammond, de l'Ecole britannique des études orientales et africaines.

Certains pointent la responsabilité des Occidentaux, surtout préoccupés, dans ce processus pipé, par le respect des délais.

"La communauté internationale aurait dû se bagarrer sur le processus et les valeurs, là, elle s'est battue pour dire qu'à la fin il y avait une Constitution," estime Roland Marchal, du Centre national de la recherche scientifique (CNRS, France).

Sur le terrain, peu de changements sont attendus -- il s'agirait finalement d'une énième tentative de restauration d'un Etat central en Somalie en deux décennies.

Le pays est privé de gouvernement effectif depuis 1991, quand la chute du président Siad Barre en 1991 a laissé le champ libre aux seigneurs de guerre, milices, groupes islamistes et autres pirates.

"A moins que quelque chose de spectaculaire ne se produise la semaine prochaine, je ne m'attends pas à ce que le nouveau gouvernement diffère beaucoup du précédent," résume Mme Hammond. "Il sera peut être appelé gouvernement provisoire plutôt que gouvernement de transition, mais il sera sûrement guidé par les mêmes individus, et, peut-être plus important, par les mêmes intérêts".

Depuis un an, la Somalie a tout de même changé: les insurgés islamistes shebab, en guerre contre les autorités de transition, ont essuyé des revers militaires.

Chassés de la capitale Mogadiscio en août 2011 par la force de l'Union africaine en Somalie (Amisom), qui soutient l'embryon d'armée somalienne, ils ont ensuite été pris dans l'étau d'une offensive militaire régionale quand le Kenya et l'Ethiopie ont lancé leurs armées à leur poursuite à l'automne.

La coalition régionale contre les shebab cherche aujourd'hui à faire tomber leur dernier important fief, le port de Kismayo.

Mais consolider le contrôle des territoires regagnés sur les islamistes sera un défi majeur du nouveau gouvernement.

"Est-ce que les populations dans les zones dites +libérées+ accepteront le nouveau gouvernement, s'il n'est pas considéré comme légitime, est une question cruciale," estime Mme Hammond.

"Elles peuvent choisir de continuer à soutenir les shebab clandestinement ou essayer de former leur propre gouvernement local," dit-elle. "Cela pourrait déboucher sur une fragmentation de parties du sud somalien et, finalement, sur de nouveaux combats."

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