Un citoyen de Joliette, située à une heure à l'est de Montréal, mène un combat afin de pouvoir élever une dizaine de poules sur son terrain du centre-ville.

Jean-Gabriel Suzeau, 31 ans, a récemment emménagé à Joliette après avoir vécu à Montréal pendant sept ans.

L'étudiant en théologie pratique souhaite élever ses propres poules afin d'en récolter les oeufs et la viande. Il dit souhaiter contrôler ainsi la provenance de son alimentation. «Plusieurs spécialistes affirment que les poules d'élevage développent une certaine immunité aux antibiotiques, dit-il. J'aimerais pouvoir contrôler ce que mangent mes poules afin de savoir ce que je consomme.»

Il cite aussi la hausse des prix des aliments pour justifier sa démarche.

Originaire du village de St-Liguori, Jean-Gabriel Suzeau a grandi sur une ferme et s'est installé à Joliette afin de se rapprocher de la nature.

Un règlement municipal interdit toutefois l'élevage d'animaux de la ferme dans la ville de Joliette, qui compte près de 20 000 citoyens.

Afin de faire changer la règlementation, Jean-Gabriel Suzeau a mis en ligne une pétition pour laquelle il souhaite recueillir environ 300 signatures. Il a également rencontré ses voisins immédiats. «La moitié d'entre eux se sont dits d'accord, dit-il. Mais il y en a que je n'ai pas encore pu contacter.»

«Deux de mes voisins, des personnes âgées, m'ont dit craindre pour leur qualité de vie», dit Jean-Gabriel Suzeau. Ils craignent notamment les odeurs que peut entraîner l'élevage d'animaux en milieu urbain.

Jean-Gabriel Suzeau affirme toutefois qu'il existe plusieurs moyens pour contrôler les odeurs, dont l'épandage de la chaux sur les excréments.

Cet automne, Jean-Gabriel Suzeau présentera sa pétition au conseil municipal dans l'espoir de faire changer le règlement. Il souhaite que la ville permette l'élevage tout en encadrant les questions de bruit et d'odeur. Le jeune homme précise qu'il ne prévoit pas élever de coqs.

Mouvement populaire

Le Joliettain se dit encouragé par la récente décision du conseil municipal de Drummondville de permettre à un couple de résidents de conserver leur potager à l'avant de leur maison.

L'enthousiasme pour les fermes urbaines prend de l'ampleur au Québec.

À Montréal, le combat de résidents du quartier Rosemont pour pouvoir conserver des poules dans leur cour a fait grand bruit ces dernières années. L'arrondissement a finalement permis aux organismes communautaires d'élever des poules, mais pas aux citoyens. Ainsi, La maison des parents du boulevard St-Laurent accueille cinq poules Chanteclerc, de même qu'un potager.

À Trois-Rivères, une citoyenne fait aussi campagne afin de pouvoir conserver ses deux poules sur son terrain. Martine Clément affirme que ses compagnes avicoles l'ont aidé à surmonter sa dépression.

Les poules urbaines sont déjà permises dans plusieurs grandes villes, dont New York, Los Angeles, Seattle et Vancouver.

Quant à Jean-Gabriel Suzeau, il se dit peu confiant de faire plier la Ville de Joliette sur son règlement. Lors d'une rencontre au département d'urbanisme en avril dernier, il dit s'être heurté à une attitude de fermeté. «Si ça ne fonctionne pas, je suis prêt à déménager», dit le jeune homme, résigné.

Il a été impossible de joindre la Ville de Joliette vendredi après-midi.