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Moscou: les membres de Pussy Riot condamnées à deux ans de prison

17/08/2012 07:47 EDT | Actualisé 17/10/2012 05:12 EDT

MOSCOU - Les trois jeunes femmes du groupe punk russe Pussy Riot ont été condamnées à deux ans de prison vendredi pour avoir chanté une «prière» anti-Poutine dans une cathédrale de Moscou en février.

Le procès faisait figure de test démocratique pour la Russie, un peu plus de 100 jours après le retour de Vladimir Poutine aux commandes.

La juge Maria Sirova a déclaré Nadejda Tolokonnikova, âgée de 23 ans, Maria Alejina, âgée de 24 ans, et Ekaterina Samoutsevich, âgée de 29 ans, coupables de hooliganisme motivé par la haine de la religion et a estimé qu'elles avaient offensé les croyants.

La loi prévoit jusqu'à sept ans d'emprisonnement pour ce crime, mais l'accusation en avait requis trois contre les jeunes militantes, détenues depuis le mois de mars. La magistrate a déclaré avoir tenu compte de circonstances atténuantes, mais a ajouté qu'un geste pareil ne pouvait être sanctionné que par une peine de prison. Elle a rejeté les arguments des accusées, qui affirmaient avoir voulu protester contre le soutien de l'église orthodoxe à Vladimir Poutine et non blesser les croyants.

Menottées dans leur cage de verre dans la salle d'audience, Nadejda Tolokonnikova, Maria Alejina et Ekaterina Samoutsevich ont eu un sourire triste en écoutant un témoignage les accusant de sacrilège et de «danses démoniaques» dans une église. Elles sont restées calmes quand le verdict est tombé, tandis que quelqu'un dans la salle s'écriait: «Quelle honte!».

Le 21 février, cinq membres des Pussy Riot en collants et robes courtes, affublées de cagoules de couleurs vives, avaient dansé et chanté dans la cathédrale du Christ Saint-Sauveur à Moscou, criant notamment «Marie mère de Dieu, chasse Poutine!». Vladimir Poutine avait dénoncé l'acte, mais souhaité que la peine ne soit pas «trop sévère».

Le procès met en lumière l'influence de l'église orthodoxe russe, réprimée du temps de l'Union soviétique, sur la Russie actuelle. Malgré la séparation officielle des pouvoirs religieux et laïque, l'Église se considère comme le coeur de l'identité nationale russe. Ses détracteurs estiment qu'elle constitue de fait un quasi-État dans l'État.

Des manifestations de soutien aux Pussy Riot ont été organisées dans de nombreuses villes du monde vendredi, notamment à Paris et à Toronto, où une centaine de personnes se sont rassemblées devant le consulat de la Russie pour dénoncer le verdict.

À Moscou, plusieurs centaines de manifestants se sont réunis dans la petite rue du tribunal, aux cris de «La Russie sans Poutine!», malgré le déploiement d'un important dispositif policier. Plusieurs participants ont été arrêtés, dont l'ancien champion d'échecs Garry Kasparov et l'opposant de gauche Sergueï Oudaltsov.

Des personnalités comme Madonna, Björk et Paul McCartney ont également exprimé leur appui au groupe féministe punk.

Pour Amnistie internationale, le verdict de vendredi porte un dur coup à la liberté d'expression en Russie. L'organisation de défense des droits de la personne interprète cette décision comme un avertissement sans équivoque à tous ceux qui se risqueraient à critiquer le régime, et considère les trois militantes comme des prisonnières d'opinion, détenues uniquement pour avoir exprimé leurs idées de manière pacifique. L'organisation appelle à leur libération.

Le président américain Barack Obama s'est dit déçu du jugement, a commenté le porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest. «Nous comprenons que le comportement du groupe a pu offenser des gens, mais nous avons tout de même de serieuses inquiétudes quant à la façon dont elles ont été traitées par le système de justice russe.»

L'affaire a terni l'image de la Russie dans le monde, surtout après les manifestations massives de l'opposition consécutives à la victoire du parti de Vladimir Poutine aux élections législatives de 2011. Plusieurs lois récentes prévoyant des amendes énormes limitent désormais de tels rassemblements.

Président de 2000 à 2008, Vladimir Poutine a retrouvé son poste le 7 mai après avoir été le premier ministre de Dimitri Medvedev pendant quatre ans en raison de la limite constitutionnelle de deux mandats présidentiels consécutifs.

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