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Moscou: deux ans de camp pour les trois jeunes femmes du groupe Pussy Riot (PHOTOS)

17/08/2012 10:18 EDT | Actualisé 17/10/2012 05:12 EDT
EFE

MOSCOU (AFP) - Les trois jeunes femmes du groupe de punk rock russe Pussy Riot ont été condamnées vendredi chacune à deux ans de camp pour "hooliganisme" et "incitation à la haine religieuse" à l'issue d'un procès qui a acquis une résonance internationale.

Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, qui avaient chanté en février une "prière punk" dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de "chasser Poutine" du pouvoir, ont "violé l'ordre public" et "offensé les sentiments des croyants", sans exprimer de repentir, a déclaré la juge Marina Syrova.

"C'est une honte ! C'est une injustice !", ont crié plusieurs personnes dans la salle du tribunal à l'annonce de la sentence, inférieure d'un an à ce qu'avait requis le procureur. Nadejda Tolokonnikova a souri en entendant sa condamnation.

La lecture du jugement a duré près de trois heures, la juge reprenant en grande partie les arguments avancés le 7 août dernier par le procureur.

Mme Syrova a mis l'accent sur le caractère "sacrilège" de l'intervention des Pussy Riot et sur leur "haine de la religion", citant largement les déclarations d'employés et membres de la sécurité de la cathédrale qui ont porté plainte pour les "souffrances morales" occasionnées par la "prière punk" des jeunes femmes.

Les réactions ont fusé aussitôt après l'énoncé de la condamnation, jugée trop sévère.

"C'est tout simplement de l'idiotie", a déclaré l'écrivain russe Boris Akounine, une figure de la contestation du pouvoir du président Vladimir Poutine, à la chaîne de télévision Dojd.

Le délégué du Kremlin pour les droits de l'homme Vladimir Loukine a de son côté jugé la condamnation "injuste".

"Je pensais et pense encore qu'il ne peut y avoir ici de peine criminelle", a-t-il déclaré, cité par l'agence de presse Interfax.

Le blogueur anti-corruption Alexeï Navalny, un des chefs de file de l'opposition à M. Poutine, a dénoncé un "anéantissement de la justice" et "un procès digne de l'Inquisition", selon Interfax.

Amnesty International a estimé pour sa part dans un communiqué que les trois membres du groupe punk étaient des "prisonnières de conscience, détenues uniquement pour avoir exprimé pacifiquement leurs convictions", appelant les autorités russes à annuler la condamnation et à les libérer.

Aux abords du tribunal, environ 400 manifestants ont crié "Honte!" et "Fascistes!". La police, qui avait déployé un important dispositif autour du bâtiment, a interpellé plus de soixante partisans des Pussy Riot, dont le chef du Front de Gauche Sergueï Oudaltsov et l'ancien champion du monde d'échecs Garry Kasparov, emmenés dans des cars de police.

Face aux sympathisants des jeunes femmes, des manifestants ultra-nationalistes et orthodoxes ont aussi manifesté. A l'annonce de la peine, les militants orthodoxes ont commencé à chanter le chant pascal "Le Christ est ressuscité".

Plusieurs rassemblements ont été organisés en Russie en soutien aux Pussy Riot, notamment à Saint-Pétersbourg (nord-ouest), Ekaterinbourg (Oural) et Samara (Volga).

Mais l'affaire a aussi pris une dimension internationale et les trois femmes ont reçu ces dernières semaines de nombreuses marques de soutien du monde entier. Plusieurs artistes tels que Paul McCartney, Madonna, Sting et Yoko Ono, la veuve de John Lennon, ont exprimé leur solidarité.

Le département d'Etat américain et des députés allemands avaient par ailleurs fait état de leur préoccupation quand au sort des Pussy Riot.

La chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, s'est déclarée "profondément déçue par le verdict". "Cette sentence est disproportionnée", a-t-elle dit dans un communiqué.

Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs capitales européennes pour dénoncer le procès, de Paris à Bruxelles en passant par Londres ou Barcelone.

A Paris, environ 200 personnes ont accueilli par des huées place Igor Stravinsky, près du musée Beaubourg, l'annonce des attendus du verdict.

Le jugement intervient la semaine même où Vladimir Poutine, ex-agent du KGB, a passé le cap des cent jours depuis son retour au Kremlin pour un troisième mandat présidentiel, une période au cours de laquelle il a renforcé le contrôle de la société civile afin de répondre à un mouvement de protestation inédit à son encontre.

Selon un sondage de l'institut Levada, cité vendredi par le quotidien Vedomosti, la cote de popularité de M. Poutine est au plus bas depuis son arrivée à la tête de la Russie en 2000, avec seulement 48% de personnes satisfaites.

Face à la résonance de l'affaire Pussy Riot, le chef de l'Etat avait semblé plaider début août en faveur d'une certaine indulgence, estimant que les jeunes femmes ne devaient pas être jugées "trop sévèrement".

Dans une interview publiée vendredi par le journal Novaïa Gazeta, les prévenues ont indiqué qu'elles ne demanderaient pas à M. Poutine de les gracier.

"C'est à lui de nous demander (...) de le gracier", a déclaré Nadejda Tolokonnikova.

Une des avocates des jeunes femmes, Violetta Volkova, avait prévenu qu'elles feraient appel de tout verdict de culpabilité en Russie et auprès des instances internationales.

Le procès des Pussy Riot