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Les habitants d'Alep, assiégés et pourchassés, se cachent pour survivre

17/08/2012 04:45 EDT | Actualisé 16/10/2012 05:12 EDT

La nuit tombe sur Seif al-Dawla. Quelques habitants s'aventurent pour vider les ordures et décrocher le linge avant de vite rentrer chez eux. Les habitants d'Alep assiégés doivent se cacher pour survivre.

Des civils vivent encore dans ce quartier au centre d'Alep, la deuxième ville de Syrie où sont retranchés les rebelles assiégés par l'armée syrienne. Mais la progression des forces gouvernementales dans le quartier voisin de Salaheddine pousse la plupart d'entre-eux à partir.

"Nous savons que nous ne sommes pas que des victimes collatérales du conflit, Bachar (al-Assad, le président syrien) vise délibérément les civils", dit Yasmine Shashati. Elle prépare le café dans le sous-sol d'une mosquée pour un groupe de combattants de l'Armée syrienne libre (ASL), la principale force armée d'opposition.

Elle y a trouvé refuge avec deux neveux après avoir été obligée de quitter son appartement voisin quand les obus ont commencé à tomber tout à côté car il servait d'abri à l'ASL.

Selon les rebelles, leur présence a été détectée par la concentration inhabituelle de signaux émanant de téléphones portables. Autre version, ils auraient été dénoncés par l'un des habitants qui a quitté l'immeuble une heure avant le bombardement.

A l'un des principaux carrefours du quartier, Jamal court vers les jeunes combattants de l'ASL et leur demande quelle rue est sûre.

"L'armée a tiré sur un camion qui transportait de la farine aujourd'hui. Les snipers tirent sur tout ce qui bouge. Ils veulent faire un exemple en tuant des civils pour inciter les autres à partir", affirme-t-il, le visage tremblant de colère et d'émotion.

La soeur de Yasmine Shashati, Hanane, a été tuée par un tireur embusqué. Ses fils Abdelkader, 7 ans, et Fahd, 10 ans, lui réclamaient des fruits et elle a reçu une balle dans le cou alors qu'elle allait en acheter en taxi.

"Nous sommes venus à Alep car nous pensions qu'elle était sûre"

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"Nous venons de Homs. Nous avons fui les combats dans Baba Amr (un quartier rebelle de Homs) au début de l'année et sommes venus à Alep car nous pensions que c'était sûr. Bachar al-Assad porte la responsabilité de tout cela, c'est un monstre assoiffé de sang", accuse-t-elle.

Vêtue d'un manteau passé à la hâte sur son pyjama quand l'ASL l'a évacuée avec sa famille, elle est assise sur une chaise dans le sous-sol de la mosquée, tripotant nerveusement ses ongles et surveillant du coin de l'oeil son neveu.

Le sol vient d'être lavé du sang laissé par les blessés transportés à la mosquée et il joue avec des batteries de téléphone portable abandonnées.

"Son père se bat du côté de Homs et nous n'avons pas eu de ses nouvelles depuis plusieurs jours", dit-elle.

Il n'est pas facile de sortir de Seif al-Dawla et toute tentative est lourde de risques. Il faut échapper aux barrages établis par les Chabbiha, les milices pro-régime, et par l'armée régulière.

Certains y arrivent et des voitures chargées de sacs et de civils passent par la route qui relie Alep à la frontière turque, vers le nord. D'autres n'ont pas cette chance.

"Il y a des familles entières qui n'ont nulle part où aller. Certains ont de l'argent mais ne peuvent pas trouver d'aide, de maison sûre et vivent dans la rue", raconte un combattant qui se présente sous le nom d'Abou Haidar.

"Abdelkader et Fahd ont maintenant l'habitude d'être jetés sur les routes", soupire Yasmine Shashati. "Ils parlent déjà de venger leur mère et je ne sais pas ce que je ferai quand Bachar sera parti et que cette guerre sera finie", s'inquiète-t-elle, au bord des larmes.

"Je marcherai dans les rues d'Alep, de Homs et de Damas, tenant une photo de ma soeur et j'écrirai dessus +Bienvenue dans la Syrie libre Hanane, bienvenue au paradis+".

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