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Lakhdar Brahimi, diplomate chevronné pour qui aucun conflit n'est désespéré

17/08/2012 12:26 EDT | Actualisé 17/10/2012 05:12 EDT

Pour certains, Lakhdar Brahimi prend un risque insensé en acceptant de succéder à Kofi Annan comme médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe en Syrie, mais pour ce diplomate chevronné il n'y a pas de conflit "sans espoir".

A 78 ans, l'ancien ministre algérien des Affaires étrangères est sorti une nouvelle fois de sa retraite après avoir été l'émissaire de l'ONU en Afghanistan à la suite du 11 septembre 2001, puis en Irak après l'invasion de 2003.

M. Brahimi succède à son ancien patron aux Nations unies, Kofi Annan, qui a démissionné le 2 août en invoquant le manque de soutien des grandes puissances à ses efforts pour mettre fin à 17 mois de violence en Syrie.

"Jamais dans ma carrière je n'ai cru qu'une situation était sans espoir ou qu'il était impossible de changer la donne, malgré tout ce qu'on disait autour de moi", a déclaré un jour M. Brahimi.

Mais la mission réputée impossible qu'il vient d'accepter laisse certains diplomates à l'ONU sceptiques. "C'est peut-être la seule personne à avoir le courage et la crédibilité nécessaires dans le monde arabe pour réussir un tel exploit", estime un diplomate occidental. "Mais même cet optimiste forcené doit savoir qu'il s'agit d'une situation désespérée".

Après la guerre d'Algérie, à laquelle il a pris part, Lakhdar Brahimi est devenu l'ambassadeur de l'Algérie indépendante au Royaume-Uni, en Egypte, au Soudan et auprès de la Ligue arabe au Caire.

Il fait connaître pour la première fois ses talents de médiateur en 1989, quand il contribue en tant qu'émissaire de la Ligue arabe à un accord mettant fin à 17 ans de guerre civile au Liban.

Après avoir dirigé la diplomatie algérienne de 1991 à 1993, il devient envoyé spécial de l'ONU dans différents points chauds de la planète et médiateur dans la résolution de plusieurs conflits.

Il dirige ainsi la mission de l'ONU en Afrique du Sud pendant les élections de 1994 qui ont amené au pouvoir Nelson Mandela, puis est envoyé au Yémen en pleine guerre civile, avant de représenter les Nations unies en Haïti jusqu'en 1996.

L'ONU le dépêche ensuite comme émissaire dans une série de pays africains (Zaïre, Soudan, Burundi, Liberia, Nigeria, Angola, Côte d'Ivoire) puis en Afghanistan.

Après le 11-Septembre, Kofi Annan lui demande de retourner en Afghanistan, de 2001 à 2004, pour participer à la reconstruction du pays à la suite du départ des talibans.

De là, M. Brahimi passe à un autre pays en crise, l'Irak, après l'invasion menée par les Etats-Unis pour renverser Saddam Hussein.

Il s'est aussi fait connaître aux Nations unies pour avoir dirigé une enquête sur la manière de réformer les opérations de maintien de la paix à la suite de l'échec des Casques bleus à empêcher les massacres au Rwanda, en 1994, et à Srebrenica (Bosnie), en 1995.

Lakhdar Brahimi fait partie du groupe des "Elders" (anciens), qui réunit des personnalités de différents pays oeuvrant au règlement des conflits dans le monde, tout comme Kofi Annan, Jimmy Carter, Desmond Tutu ou Martti Ahtisaari.

"Nous évitons très soigneusement de prétendre que nous allons régler un problème. Tout ce que nous disons c'est que, de temps en temps, dans certaines situations, nous pouvons donner un coup de pouce", explique M. Brahimi sur le site internet des Elders.

Né le 1er janvier 1934, marié et père de trois enfants, M. Brahimi a étudié le droit et les sciences politiques en Algérie et en France. Il parle arabe, français et anglais.

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