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La police sud-africaine tue 34 mineurs en grève et en blesse 78 autres

17/08/2012 04:12 EDT | Actualisé 16/10/2012 05:12 EDT

JOHANNESBOURG, Afrique du Sud - La police sud-africaine a tué 34 employés en grève d'une mine de platine du nord du pays et en a blessé 78 autres, a annoncé la chef de la police, Mangwashi Victoria Phiyega, lors d'une conférence de presse vendredi.

L'affrontement, qui s'est produit jeudi après-midi, est l'un des pires du genre en Afrique du Sud depuis la fin de l'apartheid. Il a eu lieu dans une mine appartenant à la société Lonmin PLC près de Marikana, à environ 70 kilomètres au nord-ouest de Johannesburg.

Une enquête a été ouverte, a indiqué le porte-parole du ministère responsable de la police, Zweli Mnisi. Des partis politiques et des syndicats, dont le Congrès national africain (ANC), ont appelé à une enquête indépendante.

La fusillade a éclaté après que les policiers eurent échoué à obtenir des mineurs qu'ils rendent les machettes, gourdins et autres armes dont ils étaient munis.

Certains mineurs sont partis, mais d'autres portant des armes ont entonné des cris de guerre, a raconté Molaole Montsho, journaliste de la South African Press Association présent sur les lieux.

La police a d'abord utilisé un canon à eau, avant de faire usage de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogènes pour tenter de disperser les grévistes, a raconté Molaole Montsho.

Soudain, un groupe de mineurs s'est mis à courir à travers les broussailles vers une rangée de policiers. Ceux-ci ont immédiatement ouvert le feu. Des dizaines de coups ont été tirés par les policiers, armés de fusils automatiques et de pistolets.

Des images diffusées par la chaîne de télévision privée e.tv laissent entendre le son des rafales de balles s'achevant par la voix d'un policier criant: «Cessez le feu!» On voit des corps allongés au sol, certains déversant du sang. Une autre image montre des mineurs abasourdis regardant de loin les policiers lourdement armés, vêtus de tenues antiémeute.

Les causes de cette charge fatale restent obscures. Selon le porte-parole du ministère responsable de la police, les mineurs ont tiré vers les policiers, notamment avec une arme dérobée lundi aux forces de l'ordre.

La police sud-africaine a défendu l'action de ses agents, en déclarant dans un communiqué qu'ils avaient été «attaqués brutalement par le groupe équipé de différentes armes, dont des armes à feu».

«Nous avons eu affaire à une situation où des gens qui étaient armés jusqu'aux dents, en ont attaqué et tué d'autres, même des policiers», a déclaré le porte-parole de la police dans un communiqué diffusé jeudi soir. «Que devraient faire les policiers dans de telles situations où, clairement, ceux qu'ils doivent affronter sont des criminels dangereux et armés qui tuent des policiers?»

Le président sud-africain, Jacob Zuma, s'est dit «choqué et consterné face à cette violence insensée».

«Nous pensons qu'il y a assez d'espace dans notre système démocratique pour que n'importe quel conflit soit résolu par le dialogue, sans atteinte à la loi ni violences», a estimé M. Zuma dans un communiqué.

Le président sud-africain devait rentrer d'un sommet régional au Mozambique pour faire face à la crise croissante entre le parti au pouvoir, secoué par les scandales, et un électorat mécontent touché par un chômage massif, la pauvreté et les inégalités.

Le président de Lonmin PLC, Roger Phillimore, a déclaré que les victimes de jeudi étaient profondément regrettables. Dans un communiqué publié vendredi, il souligne que la mine considère l'affaire «comme un problème d'ordre public plutôt qu'une question liée aux relations de travail».

Le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU) pense que la violence a été orchestrée. «Globalement, nous pensons qu'il y a une orchestration, une violence planifiée, parce que la violence que les gens voient aujourd'hui se déroule depuis le mois de janvier», a déclaré le secrétaire général du COSATU, Zwelinzima Vavi.

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