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Gaz de schiste : les opposants absents de la campagne électorale (PHOTOS/VIDÉO)

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GAZ DE SCHISTE
Manifestation contre les gaz de schiste, 18 juin 2011. (PC) | PC

Ils ont créé plus de 90 comités citoyens pour mobiliser la population. Ils ont déposé des pétitions regroupant des dizaines de milliers de noms à l'Assemblée nationale. Ils ont manifesté à Montréal lors du Jour de la Terre, à Victoriaville lors du conseil général du Parti libéral, et à plusieurs autres occasions un peu partout dans la vallée du Saint-Laurent. Des dizaines d'artistes ont donné une visibilité à leur mouvement. Mais les opposants au développement de l'industrie du gaz de schiste ne feront pas de bruit pendant la campagne électorale, au moment de choisir leurs dirigeants.

« On s'entend sur le fait qu'il faut sortir les libéraux pour ne pas faire entrer les gazières, mais le regroupement a suspendu ses activités pour quelques semaines puisque les membres ne sont pas parvenus à s'entendre sur une stratégie électorale commune », explique Serge Fortier, porte-parole du Regroupement interrégional sur le gaz de schiste, qui chapeaute les comités citoyens. « Reste que je suis très déçu du peu de place que les politiciens accordent à cet enjeu après tout ce qui s'est fait depuis deux ans. C'est un enjeu beaucoup plus important pour la société que de savoir qui porte un carré rouge ou qui a une couette qui dépasse », soutient-il.

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Depuis mars 2011, aucune entreprise ne peut amorcer des travaux de fracturation hydraulique sans l'autorisation du Comité de l'évaluation environnementale stratégique (ÉES) sur le gaz de schiste, mandaté par le ministère de l'Environnement pour se pencher sur l'impact de l'exploitation du gaz de schiste au Québec. Ainsi, les seules activités permises sont celles supervisées par les experts du comité afin d'approfondir les connaissances scientifiques, qui feront l'objet d'un rapport en 2013.

Mais malgré les initiatives du gouvernement Charest pour encadrer l'exploitation du gaz de schiste, de nombreux opposants sont inquiets du déroulement des procédures. Après avoir critiqué le mandat du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), qui s'est penché sur le développement durable de l'industrie du gaz de schiste au Québec et non sur la pertinence de cette industrie, c'est maintenant la composition du Comité de l'ÉES sur le gaz de schiste qui déplaît.

« Le comité de l'ÉES évolue dans un climat davantage axé sur la confrontation des opposants au gaz de schiste plutôt que sur la confrontation des promoteurs », soutient Lucie Sauvé, professeure à l'UQAM et responsable du Collectif scientifique sur le gaz de schiste, après avoir participé à une rencontre avec le Comité de l'ÉES.

L'inconnu qui dérange

À La Présentation, où une fuite sur le site de forage de la société Canbriam a fait les manchettes l'an dernier, les citoyens affirment avoir eu peu d'information sur l'état des lieux. Maryse Méthot, qui habite et tient une garderie devant le champ où est situé le site de forage, dit n'avoir jamais reçu la visite du ministère pour faire le point. Martin Beauregard, propriétaire d'une ferme à quelques centaines de mètres du puits, indique que des spécialistes mandatés par le ministère de l'Environnement sont passés pour faire des tests dans son puits d'eau, mais qu'il n'a pas eu de nouvelles depuis. Pas de nouvelle, bonne nouvelle? « Je suppose », dit-il, ajoutant qu'il n'entend pratiquement plus parler du gaz de schiste dans la municipalité où, d'ailleurs, les affiches contre les gaz de schiste se comptent sur les doigts d'une main.

De son côté, François Cloutier, propriétaire du champ où la gazière Canbriam a foré, explique ne pas en savoir beaucoup plus que les autres. « La compagnie m'a dit que la fuite a été colmatée. Est-ce que c'est vrai? Je me fie à eux », dit-il. Après le battage médiatique de l'an dernier, l'éleveur de volailles dit ne pas s'inquiéter des risques liés à l'exploitation du gaz de schiste, mais qu'il n'accepterait pas un puits sur sa terre aux mêmes conditions. « Quand les gazières sont venues, on avait l'impression que c'était la ruée vers l'or. Qu'il fallait sauter sur l'occasion », explique-t-il. « Quand le contrat se terminera, dans un an ou deux, je vais voir ce qu'il est possible de faire. Je ne dis pas qu'il ne faut pas exploiter le gaz de schiste. Si on veut continuer de mettre de l'essence dans nos camions, on ne peut pas toujours s'opposer aux projets économiques non plus. Mais il faut prendre le temps », soutient-il.

Si l'exploitation du gaz de schiste reçoit le feu vert pour reprendre ses activités, le Québec pourrait tirer profit des redevances (5 % à 35 %) et l'industrie pourrait créer des milliers d'emplois.

Entre ceux qui demandent un moratoire sur l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste et ceux qui mettent l'accent sur l'importance du développement économique, il semble donc y avoir un consensus sur la volonté d'en savoir davantage. « On a été embarqués dans de façon cavalière et on apprend ce qui se passe dans les médias », déplore Claude Roger, maire de La Présentation où, comme dans d'autres municipalités, il a fallu se pencher sur la possibilité de traiter les eaux utilisées par la gazière sans trop savoir ce que ça impliquait.

Même si l'information n'est pas aussi accessible que certains le souhaitent, le ministère de l'Environnement a néanmoins effectué 16 inspections sur le site de La Présentation (sur un total de 238 dans la trentaine de sites au Québec) pour vérifier la présence de gaz naturel dans l'air, indique Daniel Leblanc, directeur adjoint du ministère pour la Montérégie. De plus, le ministère fera au cours des prochaines semaines une première inspection - grâce à de nouveaux équipements - pour vérifier s'il y a migration de gaz dans le sol.

Quant aux enjeux plus généraux sur l'industrie des gaz de schiste, les citoyens pourront en savoir davantage lors de la publication du rapport du Comité de l'évaluation environnementale stratégique.

Des enjeux trop complexes pour la campagne?

Mardi dernier, les principaux organismes environnementaux présents au Québec ont déploré le peu d'espace que l'environnement occupe dans la campagne électorale. « Les enjeux environnementaux sont par nature complexes et demandent une certaine dose de pédagogie, ce qui décourage les partis politiques d'en parler », estime Christian Simard, directeur général de Nature Québec.

Engagements des partis

Le Parti québécois, la Coalition avenir Québec, Québec solidaire et Option nationale promettent un moratoire sur l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste, tandis que le Parti libéral du Québec soutient que les mesures en place, qui correspondent à un moratoire technique, permettront d'évaluer s'il est pertinent d'exploiter le gaz de schiste au Québec.

Québec solidaire et Option nationale souhaitent par ailleurs la nationalisation des ressources naturelles, ce qui se traduirait donc pas un contrôle de l'État sur l'exploitation du gaz de schiste.

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