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Des Syriens de la diaspora sur le front d'Alep pour soigner les blessés

17/08/2012 10:00 EDT | Actualisé 17/10/2012 05:12 EDT

Il y a quelques jours encore, Hazem était en Angleterre, avec sa femme et son fils de onze mois. Aujourd'hui, lui et Ammar, un autre médecin syrien, sont à Alep, où ils sont venus soigner les combattants rebelles.

La lutte contre le régime du président Bachar al-Assad a uni les Syriens au-delà des frontières. Certains ont choisi de prendre les armes, Hazem et Ammar sont pour leur part venus avec des kits de premiers secours.

Après à peine une semaine aux côtés de l'Armée syrienne libre (ASL) dans le quartier Seif al-Dawla d'Alep, les deux médecins ont sauvé des vies et vu la leur changer.

"Parfois, émettre le bon diagnostic ou organiser le travail peut faire toute la différence", dit Hazem, après avoir aidé à soigner un jeune combattant blessé par balle à une jambe.

Il travaille dans le sous-sol d'une mosquée de Seif al-Dawla, transformé en hôpital de campagne destiné aux combattants ainsi qu'aux civils touchés par les bombardements de l'armée ou les affrontements.

La plupart du personnel médical d'Alep, poumon économique du pays, ont fui la grande ville du nord dès le début des combats fin juillet.

Hazem et Ammar se sont décidés à retourner en Syrie il y a deux mois. Ils ont dû passer par la Turquie pour arriver à Alep. "Nous savions que les médecins étaient partis et nous pouvions voir sur les vidéos sur YouTube que parfois les blessés n'étaient pas soignés correctement", explique-t-il.

"On a donc conçu un cours très simple pour apprendre à des gens sans connaissances médicales comment faire face à des blessures par balles, des blessures ouvertes ou des fractures", ajoute-t-il.

Ils ont aussi préparé des kits de premiers secours pour les membres de l'ASL sur le front, avec des pansements stériles, des compresses et des attelles, et ont déjà distribué 500 de ces petits sacs, d'abord dans des zones rebelles à l'ouest d'Alep, et ensuite à l'intérieur même de la ville assiégée.

En quelques jours, Hazem et Ammar ont vu leur lot d'horreurs et se sont fait des amis chers.

Mais ils n'ont rien pu faire pour Abou Azzam, le jeune commandant qui les avait accueillis. Quand son corps, fauché par un obus, a été ramené à l'hôpital de fortune, ils n'ont pu retenir leurs larmes. Le visage brûlé du jeune homme était méconnaissable.

"En tant que Syriens de l'étranger, on ne voyait pas la situation dans son ensemble, comment les Syriens vivaient ici", dit Ammar. "J'ai vu des atrocités (...). On aura besoin d'au moins 15 ans pour s'en remettre, et pour les enfants, le traumatisme durera plus longtemps".

"Les jeunes que j'ai rencontrés ici sont extraordinaires et tellement généreux. Ils vous nourrissent avant de toucher eux-mêmes à la nourriture", dit ce père de famille de 41 ans, la voix brisée par l'émotion.

"Ils ont goûté à la liberté et ils sont déterminés. Rien ne les arrêtera. Je suis devenu tellement fier d'être Syrien", dit Ammar.

Asma, une Syrienne de 25 ans née au Koweït, a suivi une formation de premiers secours avant de passer plusieurs mois sur au front.

"Je suis venue pour la première fois en 2011 et je suis revenue en mai. C'était une question d'honneur. La Syrie était devenue pour moi comme une mère qui a besoin de sa fille", explique cette ancienne cyber-militante au Koweït.

Elle a passé plusieurs jours dans le quartier rebelle de Salaheddine avec d'autres jeunes "infirmières" de son âge, avant que l'armée n'intensifie ses tirs et ne force les combattants à se déplacer dans le quartier voisin de Seif al-Dawla.

"Avant, j'avais peur des piqûres et je ne pouvais pas supporter la vue du sang. Maintenant, je peux tout voir", assure-t-elle.

"Ces nuits sous les bombardements, parfois complètement dans le noir (...) je me suis sentie en relation profonde avec les gens. Je sais ce que c'est que d'être Syrienne maintenant", explique-t-elle avant d'assurer: "Je ne retournerai jamais au Koweït".

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