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Des milliards de dollars mais toujours pas de paix au Darfour

17/08/2012 07:14 EDT | Actualisé 17/10/2012 05:12 EDT

Plus de quatre ans après l'arrivée au Darfour d'une force de maintien de la paix ONU-Union africaine coûtant des milliards de dollars, la paix reste encore loin dans cette région de l'ouest du Soudan, suscitant des interrogations sur l'utilité de la mission.

Ses détracteurs accusent la Minuad, la plus grande opération de maintien de la paix au monde, d'être trop proche du gouvernement soudanais et de ne pas être assez offensive dans son mandat de protection des civils.

"C'est peut-être mieux que rien", dit un analyste à l'AFP sous le couvert de l'anonymat. "Mais ils sont vraiment centrés sur leur propre protection".

Plus de 700 personnes ont déjà été tuées cette année dans des violences entre les rebelles et les forces gouvernementales ainsi que dans des troubles tribaux et des incidents criminels, plus qu'au cours de toute l'année 2011, selon des chiffres de la Minuad.

Les rebelles se sont soulevés contre Khartoum en 2003. Le conflit a fait au moins 300.000 morts, selon l'ONU, 10.000 selon le gouvernement.

En tout, affirme le commandant de la Minuad, le Rwandais Patrick Nyamvumba, il y a eu une "baisse drastique" dans le nombre de personnes tuées dans des violences, et la situation serait pire sans les près de 16.700 membres de la mission de paix. "Notre simple présence sur le terrain (...) est un élément dissuasif substantiel", dit-il à l'AFP.

Depuis son arrivée à la tête de la force il y a trois ans, les patrouilles de la Minuad ont doublé, à près de 150 par jour, et davantage de personnes déplacées par le conflit sont rentrées chez elles -- 178.000 entre janvier 2011 et mars 2012 selon l'ONU.

"Cela ne serait pas possible sans une sécurité renforcée", selon M. Nyamvumba.

Mais environ 1.7 million de personnes restent dans des camps où tirs, incendies et autres violences ont été enregistrés.

Dans un rapport publié en juillet sur l'utilisation par Khartoum depuis la fin 2010 de milices non-arabes pour déplacer les rebelles Zaghawa et les civils de l'est du Darfour, des chercheurs suisses indépendants ont affirmé que dans plusieurs cas "les abus à l'encontre des civils, pillages et incendies de propriétés ont eu lieu dans le voisinage immédiat de positions de la Minuad".

M. Nyamvumba affirme que les troupes de la Minuad ont pour mandat d'assurer "la protection physique" des civils en danger, ce qu'elles ont fait, et que le fait que 38 soldats aient été tués montre qu'ils font leur travail.

Mais un responsable soudanais, Eltigani Seisi, estime que le mandat de la Minuad manque de clarté.

"Nous avons vu des incidents pendant lesquels les forces la Minuad ont été attaquées et n'ont pas été capables (...) de se protéger", dit le chef de l'Autorité régionale du Darfour, mise en place pour appliquer un accord de paix entre Khartoum et des factions rebelles, rejeté par les groupes rebelles-clés.

Treize véhicules de la Minuad ont été attaqués au cours du premier semestre 2012, selon l'ONU.

"S'ils ne sont pas capables de se protéger, ils ne peuvent pas protéger les civils", dit M. Seisi.

"Ils ont les armes et ils ne les utilisent pas", déplore de son côté une source humanitaire à propos de la Minuad.

La force dispose notamment de cinq hélicoptères Mi-35, principalement utilisés pour faire de la reconnaissance et escorter les patrouilles, selon Christopher Cycmanick, un porte-parole de la mission. "Ils n'ont pas été engagés dans des combats. Ils sont plus là pour avoir un effet dissuasif", dit-il.

"En fait, ils ne font rien. Ils ne font que fournir du transport", selon la source humanitaire, qui estime que la Minuad est même devenue "une partie du problème" au Darfour en l'accusant d'être "très proche" du gouvernement.

Les chercheurs suisses ont évoqué "des soupçons largement partagés par des Darfouris à l'intérieur et en dehors du Darfour sur le fait que la Minuad est favorable au gouvernement", ce que dément M. Nyamvumba, d'après qui la force s'est engagée "à être impartiale".

Pour un diplomate africain, les critiques contre la Minuad sont injustes car elle doit satisfaire deux patrons --l'UA et l'ONU- et naviguer entre des tâches potentiellement contradictoires. "Ce n'est pas si simple sur le terrain", dit-il. "C'est une mission impossible".

it/iba/hj

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