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Des manifestants réclament une enquête de la CPI sur le président rwandais

17/08/2012 05:58 EDT | Actualisé 17/10/2012 05:12 EDT

AMSTERDAM, Pays-Bas - Des organisations rwandaises et congolaises ont demandé vendredi à la Cour pénale internationale (CPI) d'ouvrir une enquête pour crimes de guerre sur le président rwandais Paul Kagame, en lien avec son appui présumé à un groupe rebelle dans l'est de la République démocratique du Congo.

Un petit groupe de manifestants s'est rassemblé vendredi devant le siège de la CPI à La Haye, aux Pays-Bas, avec des bannières proclamant «Kagame assassin» et «Liberté pour le Congo».

Le geste est surtout symbolique, puisqu'il revient à la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, de décider d'ouvrir ou non une enquête. La procureure enquête déjà sur des membres du groupe rebelle M23 formé dans l'est du Congo en avril. Selon des experts de l'ONU, le M23 serait appuyé par le Rwanda, ce que le président Kagame dément.

Christopher Black, un avocat des groupes qui demandent une enquête, a estimé que Mme Bensouda pouvait simplement se tourner vers le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour justifier l'ouverture d'une enquête sur Paul Kagame. Selon M. Black, le TPIR a accumulé «une montagne» de preuves contre lui dans ses archives.

Paul Kagame a été un important chef militaire au Rwanda dans les années 1990. Il est président depuis 2000.

Le TPIR, qui siège en Tanzanie, n'a jamais porté d'accusations contre le président rwandais, longtemps considéré comme un allié des pays occidentaux en Afrique centrale.

La demande d'enquête de vendredi survient après la publication d'un rapport de l'ONU en juillet, qui accuse de hauts responsables rwandais d'avoir aidé à créer et à armer le groupe rebelle M23 au Congo.

Un groupe bipartisan d'élus américains a envoyé une lettre au président Kagame au début du mois d'août, dans laquelle les élus se disent «absolument convaincus que le Rwanda est impliqué dans le soutien à la rébellion» dans l'est du Congo.

Plusieurs pays occidentaux, dont l'Allemagne et les Pays-Bas, ont suspendu leur aide au Rwanda depuis la publication du rapport.

Paul Kagame, un Tutsi considéré comme «l'homme fort» du Rwanda, est déjà intervenu dans l'est du Congo auparavant. Le Rwanda a envahi son voisin en 1996, poursuivant les Hutus rwandais qui s'étaient enfuis au Congo après le génocide de 1994. Il a fallu un an avant que le président rwandais admette que ses troupes avaient envahi l'est du Congo.

Des génocidaires retranchés dans l'est du Congo ont ensuite formé les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Le gouvernement de Paul Kagame craint que la milice tente un jour d'envahir le Congo.

En réponse, le président rwandais a d'abord orchestré une rébellion de Tutsis congolais menés par des soldats rwandais, qui ont renversé le dictateur Mobutu Sese Seko et provoqué deux guerres civiles au Congo. Les armées de huit pays africains se sont affrontées pour s'emparer des ressources minières du pays. Quelque cinq millions de personnes sont mortes avant la fin de la guerre, en 2003.

Après le retrait des troupes rwandaises sous la pression internationale, Paul Kagame s'est tourné vers des intermédiaires, en soutenant une rébellion du Tutsis congolais qui a déchiré l'est du Congo en 2008. Pour mettre fin à cette insurrection, le président du Congo, Joseph Kabila, a signé un pacte permettant aux rebelles d'intégrer les rangs de l'armée congolaise et aux troupes rwandaises de venir au Congo pour trois mois afin de traquer les miliciens des FDLR. Les soldats mutins qui ont formé le M23 avaient participé à la rébellion de 2008.

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